VIDEO. Sextape de Valbuena: Karim Benzema doit jouer «l'authenticité» pour réussir son grand oral sur TF1

FOOTBALL Des experts en communication conseillent Karim Benzema…

B.V.

— 

L'attaquant français du Real Madrid Karim Benzema à l'entraînement à Madrid, le 7 novembre 2015
L'attaquant français du Real Madrid Karim Benzema à l'entraînement à Madrid, le 7 novembre 2015 — Pierre-Philippe Marcou AFP

Le grand oral. Mercredi soir, TF1 va diffuser lors du journal de 20 heures une interview d’une dizaine de minutes dans laquelle Karim Benzema s’expliquera au sujet de l’affaire de la sextape de Mathieu Valbuena. Une première prise de parole depuis sa mise en examen pour « complicité de tentative de chantage » qui sera forcément scrutée, disséquée et analysée.

Autant dire que Benzema joue gros. Et qu’il sera donc préparé en conséquence par ses conseils. « Il n'y a pas 10.000 solutions : soit c’est avéré qu’il a plus ou moins joué un rôle d’intermédiaire et il va être dans l’excuse, tenter de réparer ce qu’il peut l’être, assumer son erreur. Soit en revanche il n’est pas coupable mais doit venir à ce moment-là avec des preuves concrètent qui le prouvent » présente d’emblée Olivier Cimelière, auteur du blog du communicant et président d’Heuristik, spécialisé dans la gestion de crise.

Dans la position difficile de celui qui semble condamné avant même le procès, Karim Benzema est acculé. Faire profil bas « permettra au moins de gagner un peu de sympathie et de préserver potentiellement sa carrière en équipe de France », poursuit le communicant. Mais « naviguer entre les deux défenses, ménager la chèvre et le chou, ce serait un carnage en terme d’image : les gens se diront qu’il n’est pas clair et le jugeront coupable. »

>> Pour l'oncle de Benzema, «c'est de l'acharnement»

Pour cela, Benzema doit avant tout « faire du Benzema ». D’abord dans sa façon de parler: « Utiliser des mots qui ne sont pas les siens sonnerait complètement faux, poursuit Olivier Cimelière. Le langage révèle l’authenticité d’un individu. Il parle un français basique avec des fautes lexicales. Si d’un seul coup il commence à réciter des phrases qui sentent les éléments de langage, les gens ne sont plus dupes».

Eviter les tongs façon Ribéry

Notre conseiller en image assure ainsi qu’inventer des « punchlines » toutes faites pour les répéter n’aurait aucun intérêt. « Le pré-fabriqué, même si je crains que ce soit ça, ça ne lui rendra pas service. Le risque, c’est que ça lui revienne à la figure. S’il dit 'Mathieu est un ami et je ne cherchais qu’à l’aider’, ce n’est pas très crédible quand on lit les détails des écoutes. Il doit dire qu’il a merdé, mais avec ses mots, ça ne choquera personne et on retiendra la sincérité de sa position et de son langage. »

Quant au « décor », Olivier Cimelière estime qu’il serait mal venu de réaliser cette interview dans les installations du Real Madrid car c’est une affaire privée qui ne concerne pas le club. « Pourquoi pas dans un lieu neutre, comme un hôtel, ou chez lui, habillé comme il l’est habituellement, conclut-il. Il ne faut surtout pas faire comme Ribéry qui s’était pointé à Téléfoot en tong-claquettes, ça l’avait encore plus enfoncé vis-à-vis des français et il a perdu à cette époque toute crédibilité. Benzema ne doit pas chercher à jouer un rôle de composition. »

Reste le langage du corps et la gestuelle. Pour cela, nous avons interrogé Stephen Bunard, coach et conférencier sur la communication non-verbale et synergologie, auteur de Leurs gestes disent tout haut ce qu’ils pensent tout bas (editions FIrst, 2014). Voici ses trois conseils:

  • Ne pas tenter de contrôler ses gestes

« 95% du langage corporel ne peut pas faire l’objet d’un contrôle conscient. Il ne se travaille pas. Ca incite donc à être authentique, surtout qu’en général, le menteur ne survit pas longtemps à l'epreuve de l'investigation. Les gens vont dire ‘contrôle tes gestes et gère tes émotions’, c’est stupide. Plus le corps est en contrôle, plus il va être une cocotte-minute et faire fuiter, jaillir des signes. Les gens vont observer le mouvement des mains ou le regard, mais c’est l’arbre qui cache la foret et il y a 3.000 autres signes qui peuvent parler. Par exemple, le retrait labial, comme chez Armstrong, était un signe de mensonge trop fréquent pour ne pas attirer la suspicion. De même, quand on est ému ou touché la paupière gauche peut tomber plus vite que la droite. Au final, si l’on essaie de contrôler ses gestes, ca peut ressembler au syndrome Jawad : on ne sait pas dire pourquoi mais on comprend bien qu’il y a problème. »

  • Ne pas survendre les émotions

« Il ne faut pas tomber dans le piège de survendre les choses émotionnellement: tu passes sur TF1, les gens regardent, c’est la télé, le grand public… Strauss-Kahn avait fait ça : il va nous dire ‘vous savez j’ai beaucoup réfléchi’ et derrière il va faire la moue trop longtemps, où ‘cette image dans les médias me dégoutent’ et il va montrer ce dégoût de manière trop évidente sur son visage. Si il avait vraiment ces deux émotions, elles seraient à peine perceptibles, subreptices. A partir du moment où elle est conscientisée et montrée elle va être décodée comme artificielle. »

  • Ne pas fabriquer de gestes

« En rajouter consciemment dans les signaux qu’il va produire ne mène pas plus à croire en sa sincérité. C’est l’exemple de Daniel Bouton (le président de la Société Générale lors de l’affaire Kerviel) qui met sa main sur le cœur trop régulièrement et trop longtemps. Ca ne tombe pas juste, c’est trop repéré par l’œil, ça devient fabriqué et contre-productif. Comme fixer la caméra dans les yeux pourrait l’être. ‘Ne montre pas ce que tu es et vends ce que tu n’es pas’, ça ne fonctionne pas. Karim Benzema possède l’avantage de ne pas être rompu à ce genre d’exercice, à l’inverse d’un homme politique. On peut éventuellement travailler sa voix avec un débit posé mais ça changera rien au reste. Si ça sonne faux on va dire qu’il est trop bien préparé.