VIDEO. Affaire de la sextape: La FFF partie civile, pourquoi ça change tout

FOOTBALL La Fédération française de football s’est portée partie civile dans le dossier Benzema-Valbuena et c’est un nouveau tournant dans l’affaire…

B.V.

— 

Karim Benzema et Didier Deschamps en mars 2015 au Stade de France.
Karim Benzema et Didier Deschamps en mars 2015 au Stade de France. — FRANCK FIFE / AFP

En une simple interview, Mathieu Valbuena a tout changé. Alors que l’affaire de la sextape était un peu passée au second plan médiatique en raison des attentats de Paris, l’entretien accordé par le joueur lyonnais au journal Le Monde, dans lequel il avoue être « très déçu » par Karim Benzema, la relance d’un coup. Et oblige surtout la Fédération française à enfin sortir de sa réserve en se portant partie civile dans le dossier. 20 Minutes vous explique pourquoi cette décision est un vrai tournant.

Parce que la Fédération ne peut plus faire l’autruche

Malgré l’insistance des journalistes, Didier Deschamps avait esquivé avec un certain talent toutes les questions portant sur l’affaire lors du dernier rassemblement de l’équipe de France, retranchant son silence derrière les décisions de la justice. Quelques jours plus tard, dans une interview donnée au Monde, le président de la Fédération Noël Le Graët assurait benoîtement que cette histoire ne « nuirait pas » à l’équipe de France, car « la vraie question est de savoir si Benzema est l’avant-centre type de l’équipe de France ».


En se portant partie civile et en choisissant de communiquer là-dessus, la FFF « entre » d’une certaine manière dans le jeu. Elle s’estime victime – il faut l’être d’une façon ou d’une autre pour pouvoir se porter partie civile – et ne peut donc plus soutenir que cette affaire sera inconséquente pour l’image des Bleus ou leur pouvoir d’attraction marketing. Et forcément, quelque part, leur équilibre sportif. Ce que Didier Deschamps ne pourra donc pas nier lors d’une prochaine conférence de presse. Problème : les prochains matchs des Bleus n’ont lieu qu’en mars et s’il n’en a pas l’envie, le sélectionneur n’a aucune obligation à répondre aux médias d’ici là.

Parce que la Fédération va avoir accès au dossier

C’est la première conséquence juridique. En se portant partie civile, la FFF va avoir accès au dossier et pourra donc, même si de nombreuses informations sont déjà sorties dans la presse, se rendre compte par elle-même des tenants et des aboutissants. Elle pourrait décider par la suite de porter plainte contre certains des acteurs pour les préjudices évoqués plus haut. Surtout, avoir accès au dossier serait le premier pas vers une sorte d’enquête interne sur les comportements des deux protagonistes qui ont porté le maillot bleu 133 fois à eux deux, Karim Benzema et Mathieu Valbuena.

>> A lire aussi : Samir Nasri met les choses au clair dans l’affaire de la sextape

Parce que c’est la porte ouverte à de possibles sanctions

Et vient donc ici les questions de possibles sanctions. Aussi laconique fût-il, le communiqué de presse de la Fédération française prend quand même soin de préciser que « par ailleurs, elle se réserve le droit, en fonction de l’évolution du dossier, de prendre toutes les mesures adaptées à la situation. » Ce qui pourrait donc être, au niveau judiciaire, de porter plainte. Mais surtout au niveau sportif à infliger des sanctions disciplinaires.

Victime dans cette histoire, Mathieu Valbuena n’a pas de raison d’être inquiété. S’il est en revanche avéré que Karim Benzema a joué un rôle d’intermédiaire entre les maîtres chanteurs et son coéquipier, comme il semble l’avoir avoué lors de sa garde à vue, l’attaquant du Real Madrid pourrait être visé par une procédure disciplinaire de la Fédération. Surtout que cette fameuse « discussion » où Benzema aurait tenté de mettre en relation Valbuena avec ceux qui sont en possession de la sextape s’est produite à Clairefontaine, au beau milieu d’un rassemblement de l’équipe de France.

Parce que l’Euro, c’est bientôt

C’est évidemment le fond du problème : si la Fédération - et/ou la justice - estime que Karim Benzema a eu un comportement inapproprié envers un coéquipier et ouvre une procédure disciplinaire, on ne voit pas trop comment l’attaquant du Real pourrait être à l’Euro. Compte tenu de la portée médiatique de l’affaire et des précédents en équipe de France, on imagine mal la FFF se contenter d’un blâme si jamais Benzema venait à être sanctionné.

Mathieu Valbuena et Karim Benzema à la Coupe du monde 2014 - David Vincent/AP/SIPA

 

Et encore moins revoir les deux hommes sous le même maillot pendant un mois – pour l’instant, la justice n’autorise d’ailleurs toujours pas Benzema à entrer en contact avec Valbuena. « J’essaie de faire la part des choses entre le côté justice et le côté sportif, a tenté de désamorcer l’ancien Marseillais. Ce que conclura la justice, ce n’est plus de mon ressort. Donc je peux rejouer avec lui. Après, que ce ne soit pas mon meilleur ami, c’est une certitude. » Sur le papier, peut-être. Dans les faits, c’est plus compliqué. Valbuena cherche peut-être ici à éviter de mettre Deschamps dans une situation de « c’est lui ou moi » car il sait que sportivement parlant, il ne gagnera pas faire à Benzema.

Reste plusieurs questions en suspens : Comment les autres joueurs de l’équipe de France vivent-ils cette affaire ? Comment jugeraient-ils une suspension de Benzema, l’absence de Valbuena, la présence de l’un, de l’autre, ou des deux ? Combien de temps Didier Deschamps doit-il attendre pour savoir enfin avec quelle équipe il doit préparer l’Euro ?

Bref, la situation se pourrit chaque jour un peu plus et semble avoir atteint un point de non-retour avec l’interview donnée par Mathieu Valbuena. C’est sans doute pour ça que la FFF a décidé d’enfin réagir.