Malmö-PSG: L'homme sans qui Zlatan Ibrahimovic serait devenu docker

FOOTBALL Johnny Gyllensjö a dissuadé l'attaquant suédois de tout plaquer en 1996...

Romain Baheux

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Johnny Gyllensjö, ici à Malmö le 24 novembre 2015, a entraîné Zlatan Ibrahimovic en équipe de jeunes.
Johnny Gyllensjö, ici à Malmö le 24 novembre 2015, a entraîné Zlatan Ibrahimovic en équipe de jeunes. — Romain Baheux/20 Minutes

De notre envoyé spécial à Malmö,

Ça en ferait trembler nos tasses. A quelques dizaines de mètres du café où Johnny Gyllensjö a donné rendez-vous mardi midi, les ouvriers installent un écran géant sur la place centrale de Malmö, Stortorget. Une volonté de Zlatan Ibrahimovic afin que chacun puisse admirer son retour dans sa ville natale avec le PSG mercredi en Ligue des champions. « Ça va être quelque chose », sourit Johnny. Sans lui, tout cela n’aurait pourtant jamais existé et la renommée de l’attaquant suédois dépasserait à peine les limites de son quartier de Rosengard.

La doudoune, le meilleur ami des Suédois/R.Baheux/20 Minutes

Mais qui est Johnny Gyllensjö ? Policier - « je suis dans le renseignement maintenant, je briefe les gens qui vont sur le terrain » -, il entraîne les jeunes du Malmö FF sur son temps libre à l’époque où Ibra y pointe ses crampons. Bien plus qu’un homme chargé de poser les coupelles devant les pieds de la future star. C’est Zlatan lui-même qui a mis en lumière son rôle dans une interview accordée au Daily Mail il y a deux ans. « J’ai failli abandonner le football à 15 ans pour aller travailler sur les docks de Malmö. Mon entraîneur m’a convaincu que j’avais un avenir dans le football et j’ai changé d’avis. »

La tristesse d’Ibrahimovic

La carrière d’un des joueurs les plus célèbres des vingt dernières années s’est jouée en 1996, au bord du terrain 7 où les gamins du club suédois s’entraînent. « Ce jour, j’ai vu dès son arrivée qu’il était triste, se souvient-il. J’ai dit aux autres coachs de prendre en charge la séance et je l’ai pris à l’écart pour discuter. Ça a duré près d’une heure et demie. »

Au début, l’adolescent alors élevé par son père alcoolique ne veut rien savoir, torturé par les doutes sur son talent. « Il avait du mal à mettre des mots sur ses sentiments mais c’était décevant de l’entendre dire qu’il voulait arrêter. Même s’il était très loin d’être un joueur professionnel à l’époque, on sentait son potentiel. »

« Je n’étais pas sûr qu’il revienne, je pouvais juste espérer »

S’il n’est « pas psychologue », Johnny Gyllensjö tente de redonner confiance à Ibrahimovic en mettant en avant ses facilités techniques et sa marge de progression. « J’ai aussi insisté sur le fait qu’il y avait plein d’autres choses à faire sur un terrain que de marquer des buts, poursuit-il. J’ai eu l’impression qu’il m’écoutait mais je n’étais pas du tout sûr de le voir revenir le lendemain quand il est parti. Tout ce que je pouvais faire, c’était espérer… »

La suite de l’histoire est connue. Ibrahimovic persévère, s’étoffe physiquement et retient l’attention du coach de l’équipe première. « Heureusement pour moi et Malmö, il est revenu et a percé, sourit son ancien entraîneur. Heureusement pour pas mal de monde d’ailleurs. »

Vingt ans après son discours fondateur, Gyllensjö, qui a depuis participé à une émission de télévision suédoise chargée de dénicher le nouvel Ibrahimovic, a gardé le contact avec son ancien protégé qu’il devrait croiser au Swedbank Stadion mercredi soir.

« Il ne m’a pas remercié sur le moment mais il l’a fait des milliers de fois d’une autre manière, décrit le policier. Avec Ola Gällstad (l’un des autres entraîneurs chez les jeunes de l’attaquant du PSG), on a été le voir dans tous ses clubs. On était encore à Paris au début du mois pour le match contre Toulouse. On est toujours les bienvenus dans sa famille. Mon remerciement, c’est cette relation que l’on a aujourd’hui. » Rendue indestructible par une heure et demie de discussion au bord du terrain numéro 7 du Malmö FF.