Angleterre-France : «Il fallait venir pour montrer qu’on n’a pas peur», clament les supporters français

FOOTBALL Les supporters tricolores sont venus en nombre à Wembley pour honorer la mémoire des victimes des attentats de Paris…

Julien Laloye

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Les supporters français rendent hommage aux victimes, le 17 novembre 2015 à Londres.
Les supporters français rendent hommage aux victimes, le 17 novembre 2015 à Londres. — SIPA

De notre envoyé spécial à Londres,

Un jour, quand le temps aura passé, quand la colère et la tristesse se seront apaisées, quand on n’y pensera de moins en moins, puis plus du tout, il faudra se souvenir de cette soirée londonienne. Ce n’était que du foot, mais c’est le foot qui a été attaqué le premier vendredi, et il fallait recommencer par là, avant de retourner au Bataclan et ailleurs. Mardi soir à Wembley, la France a commencé à se relever, tout doucement. Les Anglais y sont pour beaucoup, et on ne parle pas juste de la Marseillaise ou de cette minute de silence poignante, les joueurs côté à côté et mélangés dans le rond central, pour une photo qui fera le tour des médias du monde entier.

 

Ils nous avaient déjà redonné du courage dans les rues, dans les cafés, près du stade. C’était deux bobbies qui se laissaient prendre photo de bonne grâce, quatre vieux potes vétérans de l'armée britannique « qui pardonnaient même à Napoléon », un père britannique qui achetait des petits drapeaux français à ses deux garçons hauts comme trois pommes, des jeunes couples vêtus d’un pull « je suis Paris ». Et puis il y avait les Français de Londres, touchés aussi dans leur chair mais bravaches comme tout, comme Romain et Sébastien, deux ados coiffés du coq gaulois.

 

« Depuis vendredi on reçoit du soutien de tout le monde, des Anglais qui nous disent combien ils sont désolés pour la France et pour Paris. On voulait venir pour montrer qu’on n’a pas peur d’une nouvelle attaque et qu’on va continuer à sortir, qu’on va continuer à vivre ». Robert, marié à une Française, a amené son jeune fils au stade. « Il dort très mal depuis ce qui s’est passé à Paris, mais je voulais qu’on vienne pour qu’il voit qu’on est en sécurité, qu’il n’y a rien à craindre ».

 

Malgré la peine encore immense, malgré le contexte anxiogène, malgré la menace terroriste à son maximum ici aussi, les forces de l’ordre sont restées discrètes. Deux hélicoptères tournoyaient au lien et l’armée avait été appelée en renfort, mais mardi, on a oublié par instants qu’on vivait dans un monde où la vie se brise pour un verre en terrasse ou un concert de rock. Les « Irrésistibles Français », qui ont vécu l’angoisse au Stade de France, ont entonné tellement de Marseillaise spontanées qu’on a fini par ne plus compter.

Un groupe de supporters français à Wembley /SIPA

Leur insistance furieuse pour déclencher une ola libératrice en première mi-temps disait tout de leur envie d’oublier. Hervé Mougin, leur président : « Après l’ignominie de vendredi, on a réussi à avoir une soirée tournée vers l’amitié avec notre meilleur ennemi. La Marseillaise ? On a chanté à gorge déployée, alors on n’a pas trop entendu ce que ça donnait dans le reste du stade. Et pendant la minute de silence, on se regardait avec les Anglais à côté à côté de nous, partout on a senti un grand respect ».