Attentats à Paris: «Les gens vont ressortir dans les bars s’amuser, mais ça va prendre du temps», assurent les Londoniens

TERRORISME  La capitale britannique avait elle aussi connu des attaques sanglantes en juillet 2005…

Julien Laloye

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Une femme dépose  une gerbe de fleurs en hommage aux victimes de l'attentat à Trafalgar Square.
Une femme dépose une gerbe de fleurs en hommage aux victimes de l'attentat à Trafalgar Square. — NIKLAS HALLE'N / AFP

De notre envoyé spécial à Londres,

Deux jours après les terribles attentats qui ont frappé Paris, se balader avec son accent français à Londres vous accorde une sollicitude discrète mais prévenante. Ce matin déjà, en prenant l’Eurostar pour Londres, où l’équipe de France doit affronter l’Angleterre mardi, on aurait juré que le douanier britannique a regardé notre carte d’identité avec plus de tendresse que d’habitude. La vieille dame qui nous a servi au pub a sorti ce grand sourire chaleureux et enveloppant, celui des grand-mères nées pour consoler. «Vous êtes Français de Paris ? Tout va bien chez vous ? Personne de la famille n’a été blessé ? Je suis soulagé pour vous, love ». Dans la capitale britannique, l’empathie pour la France est plus sensible qu’ailleurs. Ici, tout le monde a une histoire à raconter sur le 7 juillet 2005, quand à 8h50, plusieurs bombes explosaient presque en même temps dans le métro londonien à Liverpool Street, King's Cross et Edgware Road, puis dans un bus à impérial. 52 personnes avaient perdu la vie au cours d’une matinée qui hante encore les esprits.

«J’étais à 300 m d’une des stations touchées quand c’est arrivé, se souvient Damian, qui faisait le trajet depuis Cambridge pour Londres plusieurs fois par semaines en train pour donner ses cours. J’ai appris plus tard que ma belle-sœur aurait pu être dans l’un des wagons éventrés. Elle était un peu retard ce jour-là. Les jours suivants avaient été difficiles. Je me rappelle d’une colère énorme d’un chauffeur de bus deux ou trois jours après. On sentait une grande tension chez tout le monde, ce sera sans doute pareil à Paris ». Patrick, un vieux monsieur qui a passé le week-end vissé à sa télé pour suivre les événements, ne cache pas son pessimisme : «Je n’ai pas peur, mais je pense au pire dés que je dois prendre le métro. Nous, on a eu 2005 et on a connu l’IRA, je sais ce que les Parisiens doivent ressentir. Les gens vont ressortir dans les bars s’amuser, mais ça va prendre du temps, on n’oublie jamais que ça peut arriver ».

Même Boris Jonhson, le maire tout feu tout flamme de Londres, s’est fendu d’une tribune dans le Telegraph pour soutenir la France. «Paris est notre petite sœur, à deux heures de train, une endroit où on peut se retrouver pour manger, une ville d’où proviennent tant de gens venus apporter leur talent à Londres que je suis fier de pouvoir dire que je suis le maire d’une des plus grandes villes françaises dans le monde». Dans son langage fleuri, Johnson s’adresse aussi à ses concitoyens. «Il faut attraper ces salauds avant qu’ils ne frappent. Et je crains d’avoir moins en moins de sympathie pour les gens qui sont opposés aux nouveaux moyens de surveillance que le gouvernement veut donner à la police pour agir contre le terrorisme ». La remarque n’est pas faite au hasard. Londres, qui n’avait pas vu venir les attentats de 2005, a longtemps eu la réputation d’une terre d’asile pour les fondamentalistes islamistes.


La mosquée de Finsbury Park/ DR

A la mosquée de Finsbury Park, tout près de Highbury, l’ancien stade du club de foot d’Arsenal, des imams extrémistes pouvaient prêcher la destruction de l’Occident en toute liberté, parfois même sous l’œil de la police. C’est l’époque où les services secrets français surnommaient l’endroit «Londonistan », à cause du nombre de terroristes islamistes qui y séjournaient, avant, justement, que les attentats ne changent la donne. Depuis, le quartier a changé, «il est devenu moins pauvre, aujourd’hui il n’y a pas que des immigrés qui vivent-là, c’est tranquille pour travaillier » nous explique rapidement un facteur de la Royal mail, pendant que Londres est devenue la ville qui compte le plus de caméras de surveillance au monde. Cela a pu l’aider à échapper à de nouvelles attaques, même si les autorités ne sont pas dupes. Elles organisent régulièrement des exercices de simulation pour êtres prêtes à faire face au pire. En juin dernier, elles avaient mené en plein centre-ville l’opération Strong tower, mobilisant plus de 1000 policiers : le scénario proposé ? Une attaque de djihadistes mobiles sur le modèle de celle de Charlie Hebdo, à Paris.