Equipe de France: Comment jouer un match de foot après une telle tragédie?

FOOTBALL Les Bleus sont en Angleterre pour disputer un deuxième match amical mardi à Wembley malgré les attentats meurtriers qui ont touché Paris…

Julien Laloye

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Lassana Diarra a perdu sa cousine lors des fusillades du 13 novembre.
Lassana Diarra a perdu sa cousine lors des fusillades du 13 novembre. — NIVIERE/SIPA

De notre envoyé spécial à Londres,

Ils ont prévu de débarquer à Londres à la mi-journée, certains peut-être à reculons, beaucoup l’esprit ailleurs, sûrement. Noël Le Graët, le président de la Fédération, a beau déclarer dans l’Equipe du jour qu’annuler la rencontre amicale en Angleterre ne « lui a jamais effleuré l’esprit, même pas une seconde », et « il n’y aura aucun joueur mal à l’aise sur le fait de jouer ce match », les Bleus ont longtemps poussé pour rentrer chez eux dès ce week-end. Vendredi soir, pendant qu’ils attendaient dans l’angoisse au Stade de France, et même un peu plus que ça pour deux d’entre eux (Griezmann et Diarra, qui avaient des proches au Bataclan), il était acquis que la victoire face à l’Allemagne, vite passée au second plan (2-0), serait la seule de cet automne. Et puis l’insistance du président de la Fédération, et sans doute les mots du staff, ont pesé. L’équipe de France se présentera sur le terrain mardi, mais dans quel état ?

 

« Jouer mardi, c’est une forme d’absence de renoncement »

« La vie c’est un jeu, un jeu très sérieux. Le foot est un jeu, un raccourci de la vie. Quand on a affaire à de tels actes on n’a pas envie de jouer, pas envie de rire », explique Pascal Dupraz. L’ancien entraîneur d’Evian se fait grave quand il se rappelle du 7 janvier dernier. Ce jour-là, alors que les frères Kouachi, toujours en fuite, ont canardé la rédaction de Charlie hebdo et tué un policier dans leur cavale, l’ETG doit jouer un match de L1 en retard à Lille. Un mach que tout le monde aurait préféré reporter. « Si on m’avait interrogé je ne l’aurais pas joué. Personne n’avait le cœur à jouer. Mais personne ne nous avait demandé notre avis ». Celui des Bleus n’a pas forcément été écouté, mais les circonstances sont un peu différentes ici, avance Dupraz. « C’est une forme d’absence de renoncement et de force de caractère de jouer mardi. Le 7 janvier, on était vraiment dans la foulée… Il faut savoir passer au-dessus pour montrer que rien ne nous atteindra mais montrer aussi que tout n’est pas permis ».

 

Chez les joueurs, la détermination de Lassana Diarra, qui a refusé de quitter le rassemblement malgré le son deuil (il a perdu une cousine dans les attentats), a déteint sur tous les autres, plus inquiets pour leurs proches que pour eux-mêmes vendredi à Saint-Denis. Cela n’étonne pas David Hamed. Pour l’ancien défenseur troyen, sur le terrain le 11 septembre 2001 pour un match de Coupe d’Europe six heures après l’écroulement des tours du World Trade Center, les circonstances tragiques peuvent sublimer les Bleus. « C’est sûr que la préparation du match est devenue délicate, et que chacun réagit de manière différente dans ces cas-là. Mais une fois commencé, le reste ne compte plus. On y pense avant, on y pense après, mais pendant, on fait notre match. D’ailleurs, à l’époque, on en avait mis six (victoire 6-1, ndlr). Le stade était plein, il y avait une belle ambiance, c’est dur à dire mais la vie continue, il faut passer à autre chose ».

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Encore faut-il en être capable. Les joueurs du Stade Toulousain, par exemple, n’étaient pas prêts à disputer un match de rugby samedi dernier. Après une Marseillaise poignante, mais loin de l’intensité émotionnelle qui devrait étreindre Wembley mardi soir, ils ont pris 30 points sur la pelouse des Saracens. Le dernier discours de Didier Deschamps dans le vestiaire, un des plus forts de sa vie d’entraîneur, aura son importance. « J’avais dit à mes joueurs que nous étions des privilégiés, se souvient Pascal Dupraz. Qu’on allait jouer au foot et être suivis par des téléspectateurs et spectateurs, et qu’il y avait en ce moment des gens qui étaient dans la peine. Nous étions touchés dans notre chair, ce jour-là était insupportable, comme aujourd’hui. Mais évidemment qu’il faut continuer à jouer au football, qu’il faut revenir à un concert au bataclan, à un match au Stade de France aussi, mais sans jamais oublier ».