Tournoi de Bercy: Jusqu’où peut-on aller dans la couleur des courts de tennis?

TENNIS Après plusieurs années en vert clair, les courts de Bercy sont désormais passés au bleu avec les travaux…

Julien Laloye, à Bercy.

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Le nouveau central de Bercy.
Le nouveau central de Bercy. — D.R.

Un papier sur la couleur d’un court de tennis. Partant de là, on pense la même chose que vous. Autant s’ouvrir les veines tout de suite et s’allonger dans une baignoire en attendant la mort journalistique. Il y avait pourtant une vraie idée au départ. En quoi le coloris d’un court peut influer sur les impressions des joueurs, les sensations des (télé)spectateurs, le sort d’un match, le souvenir qu’on peut en garder, des choses comme ça. Profitant du relooking de la salle, Bercy est passé au bleu foncé extérieur gris, après des années en vert criard vintage, qui ont-elles-même succédé aux années « tout en grenat » de sinistre mémoire, après un rapide intermède en violet au début des années 2000.

Paire face à Monfils en 2015

Monfils face à Cilic en 2009

Safin face à Philippoussis en 2001

Sampras face à Becker en 1997

Forget face à Becket en 1989

L’instinct moutonnier, explique le fabricant Jacques Siméon, qui revendique le premier court en terre battue bleue de l’histoire - « En 1992 à Bercy, c’est Yannick Noah qui m’avait demandé pour son association les enfants de la terre. » « Comme partout ailleurs, on est longtemps restés sur le traditionnel rouge brique, puis le passage en résine a permis de jouer sur les coloris. Le vert est apparu pour des raisons de visibilité, puis on s’est aperçu que le bleu était une couleur plus télégénique que les autres. Je trouve que les nouveaux courts de Bercy fonctionnent bien. Il ne faut pas leur jeter la pierre parce qu’ils essaient de nouvelles choses. » Disons-le tout de suite, c’est à peine si les joueurs ont noté le changement. On a retenu quand même deux/trois choses de notre tour de table informel.

« Je ne me souviens même plus de la couleur du tournoi de la semaine dernière, répond Roger-Vasselin. Le premier jour il faut s’habituer mais au même titre que d’autres choses. Moi, par exemple, je suis beaucoup plus sensible à la couleur des sièges. Noir, c’est beaucoup mieux que blanc. » « La couleur, c’est un paramètre à prendre en compte, il faut s’adapter, confirme Mahut. J’ai trouvé le nouveau central élégant en noir… après je ne sais pas si c’est à cause de ça ou à cause de mon match, mais j’ai trouvé le public un peu froid. Peut-être qu’il y a un lien. » « La couleur du court ça ne change rien, on a oublié celle de l’an passé, juge de son côté Pouille. Par contre, tout le tour en noir, c’est bien, ça fait cozy. » Pas de quoi entamer une thèse, mais on tient le début d’un truc, vraiment palpable depuis le début des tribunes. Il y a les joueurs et l’intérieur du court, et tout le reste, presque comme en noir et blanc.

Un match du tournoi de Metz en 2013

Les organisateurs de Metz avaient tenté le coup il y a deux ans. Le contraste était absolument bluffant, comme si on avait colorisé deux personnages dans un décor filmé en 1960. « Le rendu était génial tout était coordonné avec le gris des loges, explique Julien Bouter, qui gère ce tournoi de plus petite catégorie. En plus, les joueurs ont l’habitude de jouer sur des couleurs assez vives, on aimait ça. Mais on a dû changer au bout d’un an parce que ça posait des problèmes aux télé. Comme la surface en dehors du court était plus claire, on ne voyait pas toujours la balle partir à l’impact. Mais le rendu tribune ne posait aucun souci, ça n’a pas du tout pesé sur l’ambiance. » Le décor Star Wars du nouveau Bercy se prête totalement à l’expérience. On jouerait jusqu’au bout le côté Etoile noire, avec un court et des tribunes sombres et deux extraterrestres en Desigual au milieu. Avec nos talents reconnus en paint, ça donne quelque chose comme ça.

Un match du tournoi de Bercy en 2025 ?

« Un court noir avec de belles lignes blanches peut-être que ce serait pas mal, réfléchit Jasques Siméon, encore que ce serait un peu triste, il faudrait égayer. Les possibilités d’innovation sont infinies puisqu’on peut mixer les couleurs comme on veut, à condition de garder une bonne visibilité et d’avoir un court de qualité. Si la terre battue bleue n’a pas marché à Madrid, c’est parce que Tiriac a mal fait son truc. Il ne faut pas penser qu’on a tout exploré. Tenez, je me souviens d’un court gris foncé à l’extérieur et rose à l’intérieur en Sologne, j’ai pris le client pour un fou, mais lorsque les bruyères sont en fleur, c’est superbe ! » Il n’y a plus qu’à mettre Bercy en extérieur et le déplacer début septembre, au moment idéal pour la floraison.