Coupe du monde de rugby: Quand Michael Cheika, coach de l'Australie, était détesté à Paris

RUGBY Les Wallabies défient les All Blacks en finale samedi...

Romain Baheux

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Michael Cheika lors d'Argentine-Australie le 25 octobre 2015.
Michael Cheika lors d'Argentine-Australie le 25 octobre 2015. — BPI/REX Shutterstock/SIPA

Pour cracher sur Michael Cheika en ce moment, il faut se pointer avec des arguments solides. L’attaquer, c’est attaquer l’homme qui en un an a transformé l’Australie. D’une équipe capable de se faire retourner en mêlée par un pack de Fédérale 1, le sélectionneur des Wallabies a bâti un séduisant finaliste de Coupe du monde, opposé samedi à la Nouvelle-Zélande. Un bilan aux antipodes - sans mauvais jeu de mots - de ses deux années désastreuses au Stade Français, bouclées à la onzième et septième place du Top 14, de 2010 à son licenciement en 2012.

« Il avait été champion d’Europe avec le Leinster et son profil m’intéressait, raconte Max Guazzini, l’homme à l’origine de la venue de l’Australien à Paris. On avait dîné ensemble, le courant était bien passé et j’avais décidé de le faire venir. » Il y a cinq ans, l’ami Cheika se pointe dans la capitale avec l’ambition de remuer un club en perte de vitesse. « Il était intransigeant », poursuit Guazzini.

« Dans son ancienne équipe, il avait la main sur tout et a voulu appliquer ça ici », raconte Pierre Rabadan, alors troisième ligne. Le contexte n’aide pas Cheika. Ses hommes évoluent dans un glacial stade Charléty, le club se retrouve au bord de la faillite à l’été 2011 où un nouveau président, Thomas Savare, prend les commandes du Stade Français.

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« Si ça n’a pas fonctionné, c’est à cause d’un tout, résume Rabadan. A l’époque, le recrutement n’a pas été bon. » Allez demander aux supporters parisiens les souvenirs qu’ils conservent d’un Paul Warwick ou d’un Paul Sackey. « Il y avait pas mal d’étrangers dans l’équipe et il faisait beaucoup jouer les Anglo-Saxons, se souvient Jérôme Fillol. Ça générait quelques conflits. »

En interne, les changements impulsés par Cheika sont, pour être polis, mal vécus. Le technicien « chamboule tout, les entraînements et les plages de repos, poursuit l’ex-demi de mêlée. Il nous donnait un "game-plan", une fiche où il détaillait ce que l’on devait faire dans telle situation précise à tel moment de la rencontre. On n’était pas habitué à ça. »

FRANCK FIFE/AFP

Surtout, l’actuel sélectionneur des Wallabies est tout sauf facile à vivre. Pour être gentil. Contacté, son ancien adjoint Christophe Laussucq n’a pas souhaité témoigner. Logique, les deux hommes ne s’adressaient plus la parole dans les derniers mois de gouvernance de l’Australien. En mars 2012, les plus anciens comme Pierre Rabadan manifestent leur ras-le-bol de son autoritarisme. « Ce n’était pas quelqu’un de complètement fermé mais il ne dérogeait pas à certains principes », reprend Fillol.

Deux mois plus tard, il est débarqué par sa direction après une ultime défaite à Biarritz. Michael Cheika rebondit ensuite dans son pays, au sein de la franchise des Waratahs, avant d’enchaîner sur les Wallabies en octobre. « Apprendre de gens différents, d’expériences différentes, de cultures différentes, comment s’en accommoder, tirer le meilleur parti des gens et de soi-même dans ces conditions, expliquait-il lundi à l’AFP au sujet de son expérience européenne. Je ne changerais cette partie de ma vie pour rien au monde. » A Paris, certains aimeraient revisiter l’histoire.