Coupe du monde de rugby: Mais pourquoi la Nouvelle-Zélande et l'Australie se détestent tant?

RUGBY Les deux nations s'affrontent samedi en finale...

Romain Baheux

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Dan Carter bloqué par des Australiens le 15 août 2015.
Dan Carter bloqué par des Australiens le 15 août 2015. — Fotosport/REX Shutterst/SIPA

L’anomalie historique est réparée. Pour la première fois, deux des mythes de ce sport, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, s’offrent une finale commune de Coupe du monde. L’occasion pour elle de transposer leur guéguerre de voisinage au match le plus attendu des quatre dernières années. Car oui, All Blacks et Wallabies ne peuvent - en toute amitié - pas du tout s’encadrer. Explications.

Parce que les deux pays sont très proches

« Ah ben non, ils ne se collent pas car il y a de l’eau entre les deux. » Merci les as de la géographie mais les rapports entre la Nouvelle-Zélande et l’Australie franchissent allégrement les deux mille kilomètres de la mer de Tasman séparant les côtes des deux îles.

Ah quand même/DR

Economiquement, les deux pays sont les plus puissants d'Océanie. Sportivement, ils s’affrontent tout le temps ou presque. En rugby, les équipes se sont jouées au moins une fois par an depuis 1981. « Etre si proche l’un de l’autre fait que l’on est des rivaux naturels, raconte Tawera Kerr-Barlow, demi de mêlée des All Blacks né dans une famille néo-zélandaise à Melbourne. Quand j’étais plus jeune, l’Australie était dans une bonne passe en rugby, donc, mes amis nous menaient la vie dure. »

Si son cas n’a pas trop fait débat, les passages chez l'ennemi ne sont pas toujours bien vécus. En 2008, la nomination de Robbie Deans, ancien international All Blacks, au poste de sélectionneur de l’Australie avait été vécue comme une trahison par ses compatriotes.

Parce que les Australiens prennent les Néo-Zélandais pour des bouseux

Une réputation de surfeurs cool et 23 millions d’habitants d’un côté, moins de 5 millions d’âmes et une image d’éleveurs de moutons de l’autre. En Australie, il est de bon ton de se moquer du côté rural des voisins. Comme les Français avec les Belges, le plus grand des deux méprise gentiment l’autre, à l’image du traitement infligé par Matt Giteau à ses partenaires kiwis de Toulon.

« À table, quand je n’ai plus faim, je leur dis : "C’est bon les gars, vous pouvez finir les restes de mon assiette !" », raconte le centre dans L’Equipe. Problème, les culs-terreux ont tendance à dominer les urbains en rugby avec 105 victoires pour 42 revers dans l’historique des confrontations.

« La meilleure chose lors d’une victoire contre la Nouvelle-Zélande, c’est que les Australiens qui endurent les moqueries des supporters adverses au boulot peuvent leur rendre la monnaie de leur pièce le lundi matin », avait glissé après un succès l’ancien centre des Wallabies Tim Horan. Le retour de week-end dont on rêve à Sidney.

Parce que les Néo-Zélandais se font un plaisir d’embêter le grand voisin

De l’autre côté de la mer de Tasman, les clichés font des « Aussies » typiques des mecs forts en gueule et excentriques. « Vous, vous n’aimez pas les Anglais car ils vous énervent. Nous, c’est pareil avec les Australiens », compare Byron Kelleher, ex-demi de mêlée des All Blacks.

Surtout, les Kiwis font du rugby LE sport où ils sont meilleurs que le grand rival, d’autant que le rugby ne possède pas la même importance en Australie où il est devancé par son cousin du XIII, dont le titre planétaire a été repris en 2013 par l’équipe nationale aux dépens… des All Blacks.

Samedi, Dan Carter et ses potes doivent défendre la tradition locale et aussi - sans mauvais jeu de mots - une année noire à leur pays. En 2015, la Nouvelle-Zélande s'est inclinée en finale des Mondiaux de cricket et de netball (une sorte de basket-ball bizarre). On ne vous dit pas les siècles de chambrage à venir si les voisins leur soufflent la Coupe du monde samedi.