Eurobasket: Quand Rudy Gobert était petit (ou en tout cas pas aussi grand)

BASKET Dans ses jeunes années, le pivot des Bleus ne dominait pas forcément ses adversaires par la taille ou le talent...

Nicolas Camus

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Rudy Gobert, lors du match de préparation à l'Euro France-Géorgie, le 21 août 2015 à Rouen.
Rudy Gobert, lors du match de préparation à l'Euro France-Géorgie, le 21 août 2015 à Rouen. — CHARLY TRIBALLEAU / AFP

Evidemment, quand on le voit comme ça aujourd’hui, c’est un peu difficile à croire. Non, Rudy Gobert n’a pas toujours fait 2,15 m, ni eu l’envergure d’un aigle royal maxi-format (2,36 m) lui permettant d’humilier les meilleurs intérieurs de la planète sous le cercle.

Les jeunes années du pivot de l’équipe de France de basket se sont déroulées à une hauteur normale du sol. Un peu trop, même. Lorsqu’il intègre le pôle espoir Picardie, à 13 ans, son corps connaît des problèmes de croissance. « Il avait un retard osseux, explique Thibaut Vanbeselaere, qui l’a détecté à la JSC Saint-Quentin et fait venir à Amiens. Physiquement, son corps était celui d’un enfant de 10 ans, alors qu’il en avait trois de plus. »

N’imaginez pas pour autant un gosse tout frêle de 1,45 m qui tente désespérément de lancer un ballon assez fort pour qu’il atteigne le cercle. Quand il débarque au pôle régional, Rudy Gobert affiche tout de même 1,75 m sous la toise. Il faut dire qu’il a de qui tenir. Son père, Rudy Bourgarel, était un bon pivot de 2,13 m, sélectionné à 19 reprises en équipe de France à la fin des années 1980. Mais Rudy n’était pas aussi grand qu’il aurait pu l’être à l’époque.

Au pôle espoir de Picardie, saison 2005-2006/Crédit Picardie Basket Patrimoine

Question poids, ce n’est pas ça non plus. « Il était très fin, il n’avait pour ainsi dire pas de musculature », reprend Thibaut Vanbeselaere. Alors sur le parquet, ses entraîneurs ne voient pas en lui le caïd qui mettra à l’amende la jeunesse picarde dans la raquette. « On ne l’a pas vraiment formé à l’intérieur. Au contraire, il jouait plutôt loin du cercle. Sur sa formation de deux ans, il a été meneur, ailier et seulement de temps en temps près du panier. Et puis plus spécifiquement en poste 3 [ailier] en deuxième année. »

Bon espoir, il ne rayonne pas non plus. Loin de là, même. L’intéressé le reconnaît sans problème. « Je ne dominais pas à l’époque. Evan Fournier, qui est de la même génération, était déjà au-dessus de tout le monde avec la sélection Ile-de-France. Ce n’était pas le cas pour moi. Je jouais ailier, mais je n’étais pas un excellent shooteur à trois points, ni un excellent attaquant », dit-il dans son blog sur BasketSession.

A la sortie du pole espoir, à 15 ans, Rudy Gobert n’est pas pris à l’Insep. Celui qui vient juste de passer 1,90 m (« mais, avec une envergure de bras déjà très grande, ce qui lui donnait un corps pas du tout proportionné », se marre son formateur) est finalement engagé au Cholet Basket (CB). C’est là que son histoire - et sa croissance - vont s’accélérer.

L’ailier de formation, encore tendre, est mis « en couveuse » au niveau régional. Mais même là, ses performances ne soulèvent pas les foules. « C’était compliqué car il n’était pas assez rapide pour ce poste, se souvient Jean-François Martin, le directeur du centre de formation du CB. Et puis il prenait des centimètres, alors on l’a rapproché du cercle. C’est d’ailleurs ce qui est atypique avec lui. Normalement, on écarte les joueurs du panier, lui, ça a été l’inverse. »

Avec les cadets nationaux de Cholet, en 2008-2009/Crédit Picardie Basket Patrimoine

Ses années cadet dans le Maine-et-Loire sont difficiles. Son corps a du mal à suivre ses poussées de croissance. « Il a fallu s’adapter, pour tout. C’était un jeune hors norme, raconte Jean-François Martin. On lui faisait des entraînements à la carte, avec beaucoup de repos et du renforcement musculaire. Au total, il n’a dû jouer pleinement qu’un an sur les trois. » S’il intègre quand même les cadets nationaux, les compétitions internationales ne sont pas encore pour lui. Jusqu’aux moins de 18 ans. C’est seulement à cet âge que Gobert, tout près de sa taille définitive avec ses 2,09 m - et ses baskets pointure 53 -, peut enfin s’exprimer. Et attiser les convoitises de la NBA, qu’il rejoint en 2013.

« Il avait du retard au départ par rapport aux meilleurs de sa génération, et il est toujours en train de le combler d’ailleurs. Il va commencer juste maintenant à donner sa pleine mesure », est persuadé le formateur choletais. Vu les performances du bonhomme (23 ans) en NBA cette saison et avec l’équipe de France depuis un an, ça promet. Et c’est tant mieux pour les Bleus dans leur quête d’un nouveau sacre européen.