Pour Marc Lièvremont, «on réécrit pas mal l’histoire» de la Coupe du monde de 2011

RUGBY A deux semaines du début de la Coupe du monde, l’ancien sélectionneur des Bleus s’est confié au magazine « Tampon »…

B.V.

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Sorti en tout dernier, Marc Lièvremont s'est fait acclamer par la foule qui a scandé son nom, avant de rejoindre ses joueurs dans les deux bus affrétés spécialement pour conduire les vice-champions du monde à l'Elysée.
Sorti en tout dernier, Marc Lièvremont s'est fait acclamer par la foule qui a scandé son nom, avant de rejoindre ses joueurs dans les deux bus affrétés spécialement pour conduire les vice-champions du monde à l'Elysée. — Franck Fife afp.com

Plus que deux semaines. Deux semaines à tenir avant le début de la Coupe du monde. C’était visiblement trop pour Marc Lièvremont, qui a décidé de se confier au magazine Tampon (dernier né de la famille SoFoot). L’ancien sélectionneur du XV de France évoque le Mondial 2011 qui a vu les Bleus s'incliner face à  la Nouvelle-Zélande. Lièvremont avait été la cible de moult critiques, notamment en provenance des médias. « En Coupe du monde, je me suis mis en mode combat, explique-t-il. Je ne serrais plus la main de mes amis journalistes. Je sais aussi que ce n’est pas un métier facile. Certains ont des petits chefs odieux, ils doivent sortir des infos sur vous. Même quand c’était compliqué pour moi, j’avais de l’empathie pour eux. »

D’où l’image d’un homme antipathique et renfermé qu’il a renvoyé à tout un pays? « Les gens se fabriquaient une image par rapport aux conférences de presse. Sauf que tu n’as pas envie de sourire face à  300 pitbulls qui veulent ta peau, tu n’es pas en mode Bisounours. On me disait: ‘Mais vous êtes plus souriant dans la vie.’ Bien sûr, je n’ai pas gardé les traits fermés au quotidien. »

Tong, chemise-cravate et caleçon

Sauf avec ses joueurs, avec qui tout n’a pas toujours fonctionné durant ce Mondial. Même si selon Lièvremont, « on réécrit souvent l’histoire ». Selon lui, la théorie selon laquelle les joueurs se seraient repris en main seuls et en opposition à leur sélectionneur après la défaite honteuse face au Tonga relève du fantasme.  « Mais non, jamais de la vie, coupe-t-il. Déjà, pour être honnête, ils n’en sont pas capables. Le seul moment où le groupe s’est uni contre moi, c’est le lendemain de cette conférence de presse où  je les traite de ‘sales gosses’. J’ai vu qu’ils n’étaient pas contents, parce que ça faisait la une.  Je me suis excusé. Après, j’ai senti qu’ils étaient missionnés, mais il a fallu attendre très longtemps. Après la défaite contre les Tonga. »

C'est-à-dire lors d’une mise au point diligentée entre autres par Pascal Papé ? « C’est moi qui provoque la réunion, assure Lièvremont. Je décide de supprimer l’entraînement et je leur dis qu’on va aller se  boire des canons à l’hôtel pour se dire des choses. Pascal Papé et deux, trois autres décident  d’un dress code. C’était tong, chemise-cravate et caleçon. J’ai dû empêcher certains de ressortir vu l’état dans lequel ils étaient et avec les journalistes qui traînaient autour. On se parle plus quand on est un peu bourrés. Tu dis ‘je t’aime’ ou ‘tu m’emmerdes’, mais tu te dis les choses. La dernière image que j’ai, c’est 30 mecs ensemble qui se jurent d’aller au bout. Et pourtant, je peux te dire qu’il en y avait quelques-uns qui ne seraient pas partis en vacances ensemble. Et ces mecs-là ont failli devenir champions du monde. »