Athlétisme: Tout ce qu’il faut savoir sur Jimmy Vicaut et son record d’Europe

RECORD Le Français a égalé la performance de Francis Obikwelu sur 100m en 9’86’’…

Julien Laloye

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Jimmy Vicaut attend de connaître son chrono, à l'arrivée du 100m, au meeting de Paris, le 4 juillet 2015.
Jimmy Vicaut attend de connaître son chrono, à l'arrivée du 100m, au meeting de Paris, le 4 juillet 2015. — AFP

Cela faisait un moment qu’il tournait autour. Il avait même réalisé l’an passé un chrono en 9’90’’ aux Etats-Unis, hélas non homologué à cause du vent. Cette fois, Jimmy Vicaut a seulement eu besoin de suivre la rafale Asafa Powell pour prendre la 2e place du meeting de Paris Areva et surtout égaler le record d’Europe de Francis Obikwelu sur 100m (9’86’’). Portrait express de la nouvelle locomotive de l’athlétisme français.

Il est désormais passé devant Christophe Lemaitre

Au Stade de France, Jimmy Vicaut a signé son septième 100m sous les 10 secondes, exactement comme Christophe Lemaitre, avec qui il partage le même temps moyen (9’97’’). Mais en rabotant le record de France de l’Aixois de 6 centièmes, Vicaut, deux ans de moins que son rival national, a définitivement pris les devants. «Ce qu’on peut dire, c’est qu’au même âge, Christophe s’entraînait beaucoup moins que Jimmy, notamment sur la partie musculation, nous expliquait Pierre-Jean Vazel, l’ex-entraîneur de Christine Arron. Ce qui fait qu’aujourd’hui Jimmy a plus de caisse, il digère mieux la répétition des courses à l’entraînement».

Présent dans les tribunes du Stade de France, Lemaître, dans le creux de la vague, n’a pas pris ombrage de la perf’de Vicaut, au moins publiquement: «Je ne suis pas déçu plus que ça de perdre ce record. Les records sont faits pour être battus. Je suis impatient de retrouver Jimmy aux championnats de France (le week-end prochain à Villeneuve d’Ascq), mais pas pour la confrontation directe. Ce qui compte pour moi ce sont les titres et les médailles». Sur ce plan-là, Jimmy a encore du boulot, avec trois fois moins de breloques en carrières (4 contre 12).

Il fréquente le médecin du Bayern Munich pour soigner ses blessures

Jimmy Vicaut, est un homme fragile, très fragile. Les observateurs auront d’ailleurs noté le petit strap sur le genou du champion à Saint-Denis. Il faut dire que l’élève de Guy Ontanon préfère prévenir que guérir : Empêtré dans les blessures depuis plusieurs mois, il avait dû déclarer forfait lors des derniers championnats d’Europe à Zurich après une petite série de rien du tout. C’est le fameux docteur du Bayern Munich Müller-Wohlfart, le chamane guérisseur des plus grands sportifs du monde, qui l’a remis sur pied.

«Il y a vraiment un travail de fond qui a été fait quand on s’est déplacé en Allemagne, reconnaît Guy Ontanon, miné par les blessures à répétition de Vicaut. On a rajouté des séances avec le service médical le mercredi, le vendredi après-midi, des séances d’étirements, de renforcement en isocinétisme avec la recherche et le labo de biomécanique. Ça l’a renforcé et ça l’a fait évoluer en travaillant dans des secteurs qu’il n’aurait peut-être pas travaillés avant. Il a vraiment accentué sa préparation, c’est un métronome maintenant dans son échauffement». Un métronome qui doit courir avec parcimonie pour ne pas abîmer la carrosserie: les mondiaux de Pékin ne sont que dans un mois et demi.

Il a longtemps été trop anxieux pour réussir

Le pensionnait du club du CA Montreuil est un grand précoce. Ils ne sont que deux, lui compris, à avoir atteint une finale mondiale de 100m (Daeghu en 2011) alors qu’ils étaient encore junior. Pourtant, Jimmy Vicaut est un homme qui n’a pas toujours respiré la réussite. Dans un témoignage assez émouvant à lire dans l’Equipe du jour, Guy Ontanon évoque les difficultés scolaires du nouveau co-recordman d’Europe, longtemps responsables du manque de confiance en lui de Vicaut.

« Les premiers temps ont été difficiles. Jimmy était un introverti, un gamin en perte de confiance totale liée à son parcours scolaire. C’était le garçon qui ne réussissait pas, à qui les profs disaient : "Toi t’es bon qu’à faire un CAP menuiserie". Ça résonnait à ses oreilles comme "Toi, tu ne réussiras pas". Derrière, il a fallu reconstruire. Sa plus belle réussite, ça a été le bac. Tout ça l’a débloqué et son comportement a changé. Il est passé d’un rôle de second à celui de leader par ses performances ».

Il peut viser la médaille mondiale

« Avec la capacité physique qu’il a, Jimmy peut courir dans les 9’7 » confiait Ronald Pognon à 20 Minutes il y a à peine un mois. Sans aller jusque-là, ce chrono canon replace le sprinteur français dans la cour des tout meilleurs mondiaux avant les championnats du monde de Pékin fin août. Aux bilans 2015, seuls l’intouchable Justin Gatlin (9’74’’), l’inusable Powell (9’81’’), et la révélation Bromell (9’84’’) devancent Vicaut, alors des pointures comme Bolt ou Gay apparaissent en retrait.

 

« Ah oui ? Le quatrième temps de l’année, ça ne veut rien dire, répond l’intéressé. J’ai un mois et demi pour me préparer pour les Mondiaux. C’est encore loin, on ne sait pas ce qu’il peut se passer. Je prends étape par étape. Il y a deux ans, je me suis un peu enflammé quand j’ai fait 9’95’’, et derrière, je me suis fait sortir aux Mondiaux. Là j’ai fait 9’86’’, d’accord, mais je l’ai fait parce qu’il y avait Powell. Il faut que je le refasse pour considérer ça comme acquis ». « Jimmy fait surtout un bon finish, il a bien couru et c’est une grosse progression. Son chrono peut le porter en finale des Mondiaux », estime de son côté Christophe Lemaitre. Ce serait un début.