Tour de France 2015: Voici comment on a rêvé de la Grande boucle à la télé

CYCLISME La première étape de l'épreuve aura lieu samedi aux Pays-Bas…

A.M. et R.B.

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Un cameraman filme le peloton du Tour de France 2013, en Corse.
Un cameraman filme le peloton du Tour de France 2013, en Corse. — Christophe Ena/AP/SIP

Il y a trente ans, on passait les étouffantes après-midi de juillet à somnoler devant une étape Dijon-Pontarlier et ses sempiternelles images figées de peloton. Rien n’a changé ou presque depuis, que ce soit devant ou derrière l’écran et c’est bien ça le problème. Alors que le Tour de France s’élance samedi des Pays-Bas, la discipline cherche pourtant à moderniser la manière de se filmer. On s’est permis de glisser quelques idées, et de les soumettre à Jean-Maurice Ooghe, le réalisateur de France Télévisions.

Davantage d’immersion au cœur du peloton

Vue d’hélicoptère. Vue de moto. (Re) Vue d’hélicoptère qui filme un château cette fois. Nouveau plan sur le peloton depuis - oh surprise - une moto. Cinq heures de retransmission d’une étape du Tour de France vous flingueraient le moindre étudiant de première année de licence « Cinéma et audiovisuel ». Pourtant, on rêve tous de voir ce qui se passe à l’intérieur du peloton. Depuis un an et demi, des caméras embarquées ont fait leur apparition sur le vélo des coureurs et ça donne des images comme celle-ci, filmées par Jérémy Roy de l’équipe FDJ.

Gros bémol, le téléspectateur ne peut pas en bénéficier en direct car le cycliste ne transporte pas d’émetteur, contrairement aux pilotes de Formule 1 ou de Moto GP. « Ces images permettent aux gens de mieux se rendre compte de la réalité d’un peloton, se félicite quand même Samuel Dumoulin, coureur chez AG2R La Mondiale. Pour ce qui est du son, je suis plus réservé. Tout ce qui se dit dans un peloton n’a pas forcément d’intérêt et certaines choses doivent y rester. » C’est pourtant ça qui est amusant. En Formule 1, les conversations radio entre les pilotes et leurs ingénieurs ravissent les fans, surtout quand le ton monte. Alors, à quand la diffusion en direct des consignes des directeurs de course dans les oreillettes ?

>>> L’avis de Jean-Maurice Ooghe : « On travaille dessus depuis très longtemps, à tel point qu’on a fait des essais l’année dernière qui n’ont pas abouti à cause d’une connerie technique. Contrairement à la F1, on a comme obstacle le fait de faire du direct sur des centaines de kilomètres. Ensuite, on est confronté à un problème de poids. La moindre caméra avec un émetteur, c’est minimum 500/600 grammes, mais si tous les vélos sont équipés, il n’y a plus de problème. Les coureurs ne sont pas toujours pour, mais de plus en plus. Le son ? Ce sont des échanges stratégiques, et ça, c’est pas demain la veille que les directeurs sportifs accepteront. A un moment, ce n’est plus un problème technique : il faut qu’il y ait un accord entre les coureurs, les équipes, l’UCI et les organisateurs. Mais il va bien falloir que ce sport bouge au niveau des technologies. »

Davantage de points de vue au choix du téléspectateur

Depuis deux ans, France Télévisions offre à ses téléspectateurs la possibilité de zapper entre ses différentes caméras sur son site. Un point déjà intéressant pour quiconque a déjà connu l’intense frustration engendrée par la réalisation qui alterne entre le groupe Maillot jaune et les échappés dans une spectaculaire arrivée de montagne. C’est bien, mais on est gourmands, et on se plaît à imaginer des caméras accessibles dans tous les coins : sur les vélos des coureurs donc, mais aussi depuis les voitures des directeurs sportifs ou depuis l’ardoisier de la Grande Boucle. Un mélange entre Loft Story et 1984.

En parlant des spectateurs, ne pourraient-ils pas eux-mêmes nous faire profiter de leur vue ? Une application comme Periscope, déjà sollicitée lors de nombreux événements sportifs, permet à n’importe quelle personne munie d’un smartphone de retransmettre en live des images. L’idéal pour vivre l’ambiance du virage des Hollandais lors du passage du peloton à l’Alpe d’Huez.

>>> L’avis de Jean-Maurice Ooghe : « On ne peut pas multiplier les sources d’images, parce qu’on est confronté aux problèmes des fréquences. On ne peut pas en avoir beaucoup plus. On est déjà obligé d’utiliser des fréquences militaires. En outre, les gammes de fréquences intéressantes pour nous sont en train d’être vendues par l’Etat, leur propriétaire, pour faire du téléphone portable. On est expulsé vers des gammes de fréquences exotiques. Donc on ne peut pas multiplier les sources à l’infini. On aura toutefois un drone sur la dernière étape à Paris. C’est encore sous réserve, mais il resterait au coin des Tuileries, et pourrait avoir un mouvement ascensionnel de 50m, ce qui n’est pas rien. Ce sera un plan comme on l’a jamais vu. »

Davantage de données statistiques

Pour beaucoup de spectateurs, le Tour de France, c’est le Tour de la France (on s’excuse platement pour ce cliché horrible), mais pour d’autres, c’est une activité à plein temps. Les mordus de vélo ont souvent la télévision d’un côté et l’ordinateur branché sur Twitter de l’autre durant une étape. A la moindre offensive, le passionné se rue sur Internet pour relire le palmarès du concerné. Mais pourquoi ne pas fusionner tout ça sur le même écran ?

Se pose aussi la question de l’utilisation des données - ou data si vous voulez passer pour un mec branché - de la discipline. Un premier pas est accompli cette année. La vitesse de chacun des coureurs, leur position dans le peloton et la distance entre eux seront disponibles sur un site créé spécialement par la société Dimension Data. C’est déjà pas mal. A 20 Minutes, on milite pour la possibilité de connaître les watts - la puissance exercée - d’un cycliste en temps réel. Histoire de voir ce qu’envoie Christopher Froome lors d’une attaque en montagne.

Dis donc Patrick, regarde sur ta tablette si le leader est dans la bonne bordure. (JOEL SAGET/AFP)

>>> L’avis de Jean-Maurice Ooghe : « Je ne suis pas contre du tout, mais c’est une question de dosage. Je suis le réalisateur d’un produit diffusé dans le monde entier, donc on essaie d’être généraliste. Ne rien rater du sport, mais ne pas faire uniquement un spectacle pour les accros du cyclisme. On attire un très large public qui ne regarde pas habituellement le cyclisme, il faut faire attention à ne pas le repousser. Ce n’est pas en inondant l’écran de stats qu’on va augmenter le spectacle. Quand on met tout sur un écran, on ne voit plus rien. Avec la géolocalisation qui arrive, le spécialiste regardera le spectacle généraliste que je réalise, et aura un surcroît d’info sur sa tablette. La position GPS de Tartempion, équipier au 2e degré, on ne la mettra pas. Par contre, Contador qui est pris dans une bordure, on le saura tout de suite, alors qu’aujourd’hui, je suis dans le brouillard total. On va plutôt vers une information à la carte. »