JO 2024 à Paris: «La France est suspectée d’être infidèle à l’olympisme»

OLYMPISME Paris se déclare officiellement candidate ce mardi au siège du CNOSF…

Propos recueillis par Julien Laloye

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La maire de Paris Anne Hidalgo, le 12 février 2015 à Paris, lors d'un discours sur la candidature parisienne aux JO 2024
La maire de Paris Anne Hidalgo, le 12 février 2015 à Paris, lors d'un discours sur la candidature parisienne aux JO 2024 — Patrick Kovarik AFP

Armand de Rendinger a été de (presque) toutes les candidatures françaises aux Jeux Olympiques, des plus glorieuses (Albertville 92) aux plus déchirantes (Paris 2012). Consultant international dans le domaine du sport olympique et auteur du récent ouvrage La tentation olympique française, après Paris 2012, Paris gâché, il juge avec bienveillance la candidature de Paris aux JO 2024, qui sera officialisée ce mardi.

Paris déclare-t-il sa candidature au bon moment ?

J’ai envie de dire, enfin, Paris va se déclarer officiellement ! Tout le monde est d’accord depuis octobre 2014, mais l’affaire a traîné, en donnant l’impression d’une instrumentalisation politique des uns et des autres, même si la recherche d’un consensus était indispensable. Anne Hidalgo n’était pas d’accord au début, puis finalement François Hollande la pousse à y aller… Le CIO a toujours de la mémoire pour ces choses-là ! Mais c’est une bonne chose d’avoir choisi le 23 juin pour l’annonce, c’est une manière de respecter le protocole olympique, le message envoyé est positif.

Comment jugez-vous le dossier présenté par le mouvement sportif ?

C’est un dossier bien ficelé, où tous les aspects techniques et financiers ont été identifiés en s’inspirant de ce qui avait été fait pour 2008 et 2012. Evidemment, il est contestable et il sera contesté. Le budget (6,2 milliards d’euros, ndlr) est sous-évalué, il manque notamment la ligne sur le coût de la sécurité, mais c’est le jeu et cela concerne toutes les candidatures. Les jeux de Londres, c’était quatre fois le prix annoncé, par exemple (deux fois en réalité, ndlr), là, on n’est pas dans ces proportions. Le travail mené par le mouvement sportif a donné un projet intelligent à partir duquel on peut travailler, c’est un bon début.

Un duo (Lapasset et Estanguet) pour incarner le visage de la candidature parisienne, c’est une bonne chose ?

C’est le meilleur qu’on pouvait trouver. Si on avait sous la main quelqu’un d’aussi charismatique que Sabastian Coe (patron de la candidature londonienne en 2012), ça se saurait. Estanguet est remarquable, il a l’âge de Killy quand ce dernier s’est lancé dans l’aventure d’Albertville. Bernard Lapasset a une certaine légitimité, laissons-les travailler et mettons les sportifs en avant. Anne Hidalgo sera la seule politique à prendre la parole mardi, pourvu que ça dure. Il faut un minimum de monde sur la photo.

Après les échecs de Paris et le fiasco Annecy, quelle est la cote de la France auprès du CIO ?

La France est suspectée d’être infidèle à l’olympisme. On est toujours en train de se demander si c’est une bonne chose d’accueillir les Jeux pour le pays, et pas juste parce que ça coûte cher. Les autres ne se posent pas les mêmes questions. On a pris six ou sept ans de retard dans le travail de pédagogie, après des Français et auprès du CIO, parce que 2005 est passée par là.

Ça veut dire qu’on ne s’est toujours pas remis de la victoire de Londres ?

Ce n’est pas trop tard pour tirer les conséquences de ce qu’il s’est passé à Singapour. Comprendre que ce n’est pas Paris qui vend son projet, mais le CIO qui demande et achète tel produit. Il faut écouter ses membres, savoir ce qu’ils attendent de nous. C’est grâce à un lobby individuel acharné que Londres l’a emporté en 2005, mais aussi parce que leur positionnement était idéal. C’est ce qu’il manque à Paris. Un slogan, une vision, et une réponse claire à la question « Pourquoi veut-on les Jeux et pourquoi les donnerait-on à nous plutôt qu’aux autres ? »

En définitive, Paris a-t-il vraiment ses chances pour 2024 ?

La grande théorie, c’est que 2024, c’est pour les Etats-Unis. Parce qu’ils ne les ont pas eus depuis longtemps (Atlanta en 96, ndlr), parce qu’ils apportent beaucoup d’argent au CIO, et parce qu’avec le travail récent de la justice sur le cas Fifa, ils peuvent revendiquer un certain retour à l’éthique. Il n’y a qu’un message à faire passer au CIO : nous croyons à l’olympisme, nous voulons les Jeux, faisons tout ce qu’il faut pour gagner 2024 et sinon ce sera pour la prochaine fois. Mais il faudrait pouvoir expliquer aux gens que les Jeux, c’est une loterie, et que se présenter en 2024, c’est aussi mettre toutes les chances de son côté pour 2028 ou même 2032. Or, on sait bien qu’il très difficile de remobiliser à la population et les décideurs en cas de nouvel échec.