Paris écœure Clermont au finish

Stéphane Alliès

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Le Stade Français a décroché le 13e titre de champion de France de son histoire, le 5e depuis 1998, en battant Clermont (23-18) en finale du Top 14 de rugby, samedi au Stade de France.
Le Stade Français a décroché le 13e titre de champion de France de son histoire, le 5e depuis 1998, en battant Clermont (23-18) en finale du Top 14 de rugby, samedi au Stade de France. — Bertrand Guay AFP


Finalement, Paris est magique. Mais c'est en rugby que la capitale a imprimé sa marque, faisant de la finale du championnat de France de rugby 2007 l’un des meilleurs crus de l'histoire de l’ovalie professionnelle. Au forceps, le Stade français a vécu une résurrection comme il les aime tant pour venir à bout de Clermont (23-18), décidément maudit quand vient l’heure de soulever le bouclier de Brennus.



Pour la huitième fois, les Jaunards échouent sur la dernière marche. Et cette fois-ci, l’Auvergne n’a jamais été aussi proche du sommet de l’Hexagone rugbystique. La faute au tempérament joueur et à l’abnégation des hommes de Fabien Galthié, auteurs des deux essais splendides du match, à la conclusion de superbes mouvements au large. Face à cet enthousiasme, Clermont n'a su opposer qu'un triste réalisme sans ambition, trop certain de sa domination en conquête et de la qualité de son buteur. Une tactique un temps payante, pendant 40 minutes exactement, que les Jaunes et Bleus ponctuaient avec une avance certaine (9-0) mais pas forcément chère payée au vu de leur assise dans le jeu.


Réalisme clermontois


Regroupé sur ses fondamentaux, son excellence en touche et son pack dévastateur, Clermont-Ferrand avait en effet largement dominé la première mi-temps. Fébriles derrières et maladroits devant, les Parisiens gaspillaient leur maîtrise malhabile du cuir, alors que les Jaunes et Bleus enquillaient les points par la grâce du pied droit redoutable de son ouvreur Brock James, meilleur réalisateur de la saison.


Le réveil parisien n’a pas attendu longtemps au retour des citrons, initié par un coaching d’ampleur qui se révélât électrochoc salvateur. Une nouvelle deuxième ligne et un Lienbenberg de retour au centre plus tard, le Stade français transfiguré portait enfin le danger chez l' adversaire. L'Argentin Pichot fêtait ses adieux au club en marquant un essai de filou au ras de sa mêlée (69e), après une attaque «à la néozéalnadaise», miracle d'alternance de passes sur un pas et de regroupements puissants d'avants déterminés et jamais aussi forts que quand ils participent au jeu d'arrières.


L'envie des Stadistes



Clermont pensait pourtant tenir son titre, quand Brock James, encore une fois ultra-réaliste, passait les trois points du quasi-sacre, à sept minutes du terme. Mais c’était sans compter sur l’envie des Stadistes et leur capacité à surmonter leurs difficultés en conquête, quitte à s'en remettre aux canes de leur ligne arrière. L'étincelle vint d'une relance des 60m d’Arias. Stoppé à quelques brins d'herbe de la terre promise, l'ailier de la capitale libérait la balle comme on offre une colombe en temps de guerre. Après une séquence de pick and go d’école, Pichot lâchait l'oiseau de paix devenu ovale incandescent et envoyait l’ailier Samo, fraîchement entré, goûter l’herbe et le bonheur de l’en-but auvergnat (77e).


Abattus, les 30.000 supporters clermontois (sans oublier les 20.000 restés Place de Jaude) assistaient la gorge sèche et serrée à la fiesta pailletée des «Guazzini boys». Tout en ruminant, ils ont applaudi poliment les adieux au Stade français de Mike James et Augustin Pichot, le Canadien volant et l'Argentin omnipotent. Mais s'ils ont pu avoir une pensée pour Tony Marsh, le centre exemplaire et miraculé qui a troqué son passeport australien pour devenir le plus valeureux des Arvernes, ils pensaient surtout à cette huitième finale perdue et à ce bout de bois qui leur reste interdit.


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Le film du match Clermont-Stade français:


5e: Jeanjean fait une master boulette en réceptionnant un dégagement clermontois sans faire gaffe à son pied en touche. Un lancer et un maul écroulé plus tard, Brock James a l'occasion d'ouvrir le score... mais dévisse sa pénalité.

12e : Les Stadistes se procurent une pénalité, à la suite d’un belle percée d’Hernandez. La sanction est ratée par Skrela, à 30 mètres des perches.

19e : Les trois premiers points sont l’œuvre de Brock James, d’un maitre coup de pied de 40 m excentré, consécutif à une faute parisienne pour empêcher l’avancée du perce muraille Vermeulen. 3-0 pour Clermont.

25e : Tony Marsh franchit la ligne d’avantage aux 50m et fonce comme une bombe, s’isolant dans les 22 parisiens et perdant connement la balle à 10m de l’en-but.

35e :
Brock James double la mise sur une pénalité en coin, après un gros cafouillage entre Dominici et Jeanjean dans leur 22. 6-0

38e : Floch hérite d’un ballon aux trente mètres, après une première tentative avortée de James. L’arrière clermontois réussit son premier drop de la saison, d’un tir rase-motte. 9-0

42e : Après une nouvelle pénalité obtenue par le pack auvernat sur un regroupement, James donne douze points d’avance à Clermont, d’un coup de pied excentré de 55m. 12-0

47e : Coaching précoce. Galthié remplace sa deuxième ligne (Marchois et Mike James, pour Auradou et Samo), sans doute ulcéré de sa prestation calamiteuse en touche (trois perdues sur lancer parisien depuis le retour des vestiaires), puis sort Skrela pour se doter d’un vrai premier centre perforateur, en la personne de Liebenberg

50e : Hernandez ouvre le score pour le Stade français, d’une pénalité de 50m face aux montants. 12-3

52e : Petit par-dessus d’Hernandez aux 50m. L’ouvreur récupère et sert Liebenberg qui galope jusqu’aux 22m clermontois avant d’être repris. L’action ne donne rien, mais l’arbitre siffle un hors-jeu jaunard. «El Mago» conclut l’action qu’il avait initiée, face aux poteaux. 12-6

59e : Après une bonne séquence jaunarde en pick and go, Monsieur Maciello sanctionne le pack parisien. A 40m, Brock James redonne un peu d’air à l’Auvergne. 15-6

61e : Première belle combinaison au large du Stade Français. Dominici lance un sprint en débordement de 40 mètres, mais s’échoue à quelques mètres de la terre promise, par la grâce d’une cuillère de Canale. La suite conduit à une pénalité facile pour Paris, transformée par Hernandez. 15-9 pour Clermont.

69e : Grosse séquence stadiste dans les 22 auvergnats. Après quatre départs au ras, ce filou de Pichot offre un essai d’adieu à son club de cœur. En numéro neuf à l'ancienne, le demi de mêlée parisien part derrière son pack et file à dame, après une valisette de 5m que n’aurait pas renié son entraîneur Fabien Galthié, auteur d'un essai similaire lors du dernier titre parisien. 16-15 pour Paris

73e : Nouvelle faute au sol parisienne à 35 mètres de leur ligne. Brock James, légèrement excentré, ne se fait pas prier et permet aux siens de repasser devant. 18-16 pour Clermont

77e :
Sur l’attaque de la dernière chance, Arias s’extirpe et gambade jusqu’à dix mètres de l’essai parisien. Quatre regroupements plus tard, Pichot envoie au large à Samo qui, en bout de ligne, plonge dans l’en-but clermontois et marque son deuxième essai décisif en deux matchs. 23-18 pour Paris