Bernard Laporte: «La Fédération française de rugby, c'est l'URSS»

TOP 14 L'entraîneur de Toulon vise encore le doublé et se projette vers l'élection à la présidence de la FFR en 2016...

Propos recueillis par Romain Baheux

— 

Bernard Laporte à Twickenham le 1er mai 2015.
Bernard Laporte à Twickenham le 1er mai 2015. — Andrew Fosker/REX Shutt/REX/SIPA

Il a banalisé les trophées. Triple vainqueur de la Coupe d’Europe, Bernard Laporte a l’opportunité d’offrir un second doublé de rang à Toulon, opposé au Stade Français vendredi (21h) en demi-finale du Top 14. De passage dans les locaux de 20 Minutes pour la sortie de son livre Secrets de coachs (Editions du Moment), l’ex-sélectionneur des Bleus s’est livré sur son départ de Toulon dans un an et sur sa candidature à la présidence de la Fédération française de rugby. Entretien.

Ce livre, c’est une manière de tourner la page avant votre retrait de ce métier dans un an ?

Un peu. Comme on dit, je sens l’écurie car je serai à mi-temps l’année prochaine [son successeur, l'Italo-Argentin Diego Dominguez, prendra progressivement de l'importance]. A la base, je voulais arrêter au mois de juin mais mon président a voulu que je fasse une saison supplémentaire. C’est un métier fabuleux mais épuisant car on est toujours centré vers les autres. C’est éprouvant. J’ai fait le tour de ce métier où j’ai eu le privilège de gagner beaucoup de choses.

Les succès avec Toulon ne vous incitent pas à poursuivre ?

Ça me donne envie de continuer là tout de suite mais c’est une décision mûrement réfléchie. J’ai vécu des choses extraordinaires avec Toulon, les Bleus, le Stade français… On peut dire que je vais en revivre mais je veux réaliser un bon passage de témoin avec Diego Dominguez.

Ça sera difficile de faire mieux…

Ça sera impossible. On sait que ce qu’on a fait est exceptionnel et que ça tient à pas grand-chose. Il devra tirer la quintessence de son équipe et faire en sorte que Toulon reste un club phare de notre championnat. S’il ne réussissait pas, ça serait aussi un peu moi qui échouerais.

Ça vous agace quand on vous dit que c’est logique de vous voir enchaîner les succès vu votre effectif ?

Toulon, c’est le quatrième budget français (troisième juste devant le Racing en fait). On n’est pas comme PSG qui est largement devant le deuxième. Ça montre que l’on recrute bien avec nos moyens. Dan Carter, il n’a pas signé à Toulon pour des raisons financières [l’ouvreur néo-zélandais va rejoindre le Racing]. On a réussi à faire de cette pléiade de joueurs une équipe, ce que d’autres, qui possèdent des joueurs aussi brillants que les nôtres, n’ont pas su faire.

Vous êtes candidat à la présidence de la Fédération française de rugby dont l’élection se tient en 2016. Pensez-vous pouvoir gagner ?

Oui, c’est une candidature réfléchie. Une chose qui me déplaît, constatée quand j’étais secrétaire d’Etat aux sports, c’est que des gens accaparent des fédérations et passent leur temps à être réélu plutôt qu’à faire les choses. Il faut des gens neufs, plus jeunes, plus à même de comprendre les choses de notre époque.

Sclérosée la FFR ?

Comme beaucoup de fédérations. Quand tu sais qu’il n’y a qu’une seule liste qui se présente depuis trente ans, ça veut dire ce que ça veut dire. C’est l’ancienne URSS.

Que ferez-vous si vous êtes élu ?

Je ne veux pas encore dévoiler mon programme mais je veux insister sur plein de choses, notamment sur le rugby amateur. Je vais voir des matchs et j’entends des gens qui se plaignent. Je veux répondre à leurs attentes. Le rugby amateur se meurt tandis que l’élite va très bien. Des chefs d’entreprise comme Mourad Boudjellal à Toulon ou Mohed Altrad à Montpellier, ont pris les clubs professionnels en main. Le problème à la Fédération, c’est que nos dirigeants ne sont pas au niveau de ces gens-là.