Sepp Blatter après sa conférence de presse de départ, le 2 juin 2015, à Zurich.
Sepp Blatter après sa conférence de presse de départ, le 2 juin 2015, à Zurich. — VALERIANO DI DOMENICO / AFP

FOOTBALL

Démission de Sepp Blatter : «La porte s'ouvre, la lumière entre, c'est le moment», le making-of de la photo qui fait le tour du monde

Le photographe qui a pris la photo de Sepp Blatter après sa conférence de presse raconte…

Le Guardian, L’Equipe, le New-York Times… Si Sepp Blatter a fait la une des journaux du monde entier, mercredi matin, il le doit aux scandales de la Fifa. Mais aussi, un peu, à Valeriano Di Domenico. Ce Suisse, pigiste de l’AFP, a pris la photo du patron du foot mondial quittant l’estrade et se dirigeant vers la sortie de la salle de presse : L’illustration parfaite de la chute d’un homme. Making-off.

Est-ce que vous pouvez nous raconter l’histoire de ce cliché ?

J’étais à la maison, et j’ai reçu un appel du chef photo de l’AFP en Suisse qui m’a dit « il y a une conférence de presse, à 18h ». Il devait être 17h, il n’y avait pas beaucoup de temps. Donc je suis parti à la Fifa, sans savoir ce qui se passerait. On a attendu, attendu, et à 18h, un collaborateur de la Fifa vient et dit que ça commencera à 18h30, puis 18h45. Et d’un coup la porte s’ouvre, Sepp Blatter entre. Normalement, il prend la place au milieu de la table, mais hier, il s’arrête tout à droite, sur un petit podium. Il ne le fait pas souvent.

Sepp Blatter au siège de la Fifa, le 2 juin 2015. - VALERIANO DI DOMENICO/AFP

Vous vous doutez qu’il va démissionner à ce moment-là ?

Je comprends le Français, et il dit « j‘ai toujours chéri la Fifa »… Je me dis que ce n’est pas vrai, c’est incroyable, s’il commence à parler comme ça, il va se retirer. Je suis très surpris, j’arrête même de faire des photos ! Et puis après quelques secondes, le photographe revient, je me dis que je suis mal positionné. J’étais au milieu, je devais bouger, et à la Fifa ils n’aiment pas beaucoup ça. Mais il n’y avait pas beaucoup de monde, alors j’ai pu bouger. Je fais des photos comme d’habitude, avec le logo, etc. Mais je me dis que ça, ce n’est pas la photo. La photo c’est quand il va quitter le podium, qu’il va sortir. J’espérais qu’il sorte à droite, mais on ne sait jamais.

Vous aviez déjà la scène en tête ?

Oui, je prends mon 35mm. J’attends que le discours soit fini. Je suis un peu en panique, parce que jusqu’à ce moment, je n’avais pas beaucoup de photos. Et je me dis que s’il ne sort pas par là, je n’ai rien… Et puis il prend ses feuilles, il quitte le podium, et j’étais prêt. Et après, en plus, la porte s’ouvre, la lumière entre, et ça, c’est le moment.

Sepp Blatter quitte le podium où il vient d’annoncer sa démission de la Fifa, le 2 juin 2015, à Zurich. - VALERIANO DI DOMENICO/AFP

 

Est-ce que vous avez eu le temps de retoucher votre photo ?

Elle n’est pas parfaitement exposée. La lumière est dure sur la droite. A gauche il y a la lumière du podium, et au milieu c’était noir. Mais je n’ai pas eu le temps beaucoup de travailler sur la photo. Parce que quand je l’ai faite, je savais qu’il fallait envoyer le plus rapidement possible. Je ne l’ai même pas copié la photo sur le disque dur, ce que je fais tout le temps d’habitude.

Cette photo, c’est de la chance ou de l’expérience ?

C’est un mix. La chance, c’est que la porte s’ouvre. Et que ça se passe dans le moment où il quitte le podium. Il faut être honnête. Mais quand même : tu es là et il faut faire la photo. Il faut penser à ce que sera la photo : Je fais quoi ? où ? Quand ? Avec quel objectif ? Le risque c’était que je sois concentré sur une seule image.

>> Le site de Valeriano Di Domenico

Diriez-vous que Sepp Blatter est photogénique ?

Bien sûr… Une fois par an, il fait un tournoi de foot dans sa région, le Valais. Et là il est très léger, parce que c’est son temps libre. C’est toujours une ambiance très calme. Et puis c’est facile de prendre des photos de lui parce qu’il est habitué. En revanche à la Fifa, c’est toujours une autre ambiance, il y a du stress, c’est le travail. Mais hier, c’était spécial. L’expression était clairement différente. Sa voix… Tout était différent.

C’est la photo parfaite ?

Ah ça, c’est une question très dure. Pour moi, quand je vois qu’elle passe partout, je dirais oui.