Fifa: Qui est Jérôme Valcke, le Français dans l'ombre de Sepp Blatter?

FOOTBALL Le secrétaire général de la Fifa n’est pas épargné par les scandales…

Antoine Maes

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Le secrétaire général de la Fifa, le Français Jérôme Valcke, le 30 mai 2015, à Zurich, avec Sepp Blatter.
Le secrétaire général de la Fifa, le Français Jérôme Valcke, le 30 mai 2015, à Zurich, avec Sepp Blatter. — AFP PHOTO / FABRICE COFFRIN

Pour le moment, Jérôme Valcke n’est « pas concerné ». Alors que la Fifa croule sous les accusations de corruption depuis l’intervention de la justice américaine la semaine passée, la toute dernière affaire remonte très haut : jusqu’au secrétaire général, le Français Jérôme Valcke, soupçonné d’avoir facilité un virement de 10 millions de dollars vers le compte de Jack Warner, ancien patron de la Concacaf, dans le cadre de l’attribution de la Coupe du monde 2010 à l’Afrique du sud.

 

Mouiller ce Français de 55 ans, c’est abîmer un peu plus la réputation de Sepp Blatter. Le patron de la Fifa assure « ne pas pouvoir surveiller tout le monde ». Même son ombre ? Car Valcke est plus qu’un collaborateur : c’est le Premier ministre de la Fifa, le bras armé du Suisse. « Quel que soit ce que me demandait Blatter et ce que je devais faire quand j’ai rejoint la Fifa, je le faisais. Donc nous avons une relation forte, lui et moi », expliquait-il à The Independent en 2007. La preuve : quand la maison brule, il annule son déplacement au Canada pour l’ouverture de la Coupe du monde féminine et tenter d’éteindre un feu qui commence à se propager jusqu’à son bureau.

Les incendies, il a pourtant appris à les gérer. En 2010, il est entendu en tant que témoin dans l’affaire des transferts frauduleux du PSG, lui qui était à la fin du 20e siècle directeur de la chaîne Sport +. En juillet 2007, alors qu’il est directeur marketing de la Fifa, il coûte 90 millions d’euros à son employeur pour avoir tenté de favoriser Visa au détriment de MasterCard. Viré par Blatter, il est repris - et même promu – 10 mois plus tard. « Dire que je suis là parce que j’ai un dossier sur Blatter, c’est vraiment me prendre pour un con et bien mal connaître Blatter », répond Valcke au Monde.

 

Un homme qui mange des glaces-vanille comme Jérôme Valcke peut-il avoir mauvais fond ? - YASUYOSHI CHIBA/AFP

 

Si les négociations menées par Jérôme Valcke ont sensiblement rempli les caisses de la Fifa, au point qu’elle est aujourd’hui assise sur une réserve de 1,5 milliard d’euros, ce n’est pas franchement la diplomatie qui est à la base de sa méthode. La preuve ? Cette déclaration datant de 2013, alors que l’avancée des travaux au Brésil en vue de la Coupe du monde 2015 inquiétait terriblement : « Je vais dire quelque chose de fou, mais un moindre niveau de démocratie est parfois préférable pour organiser une Coupe du monde. Quand on a un homme fort à la tête d’un État qui peut décider, comme pourra peut-être le faire Poutine en 2018, c’est plus facile pour nous les organisateurs qu’avec un pays comme l’Allemagne où il faut négocier à plusieurs niveaux. »

« Le Jérôme Valcke que j’ai connu était incapable de la moindre magouille »

Négocier, ce n’est pourtant pas son métier, à la base. Dans les années 1980, c’est en tant que journaliste que Charles Biétry le recrute au service des sports de Canal +, où il commente le ski quelque temps. « J’avais envie de gérer nous-mêmes les droits à Canal, je lui ai demandé s’il voulait s’occupait de ça. Je pensais qu’il avait toutes les qualités pour faire ça : il aurait été un bon journaliste sans atteindre le top niveau. Mais ses qualités de gestionnaire, sa culture générale, m’ont fait penser qu’il aurait une meilleure vie en faisant autre chose. »

Valcke et son premier mentor ne sont pas restés proches, sans être fâchés non plus : « On se souhaite la bonne année, je présume », reprend Charles Biétry. Mais l’ancien patron des sports de la chaîne cryptée l’a suffisamment côtoyé pour être « absolument certain que le Jérôme Valcke que j’ai connu était incapable de la moindre magouille ou de la moindre malhonnêteté, ça, c’est sûr ». En fait, il est surtout surpris de le retrouver à la Fifa : « Je savais qu’il réussirait, j’étais persuadé qu’il montrait dans une instance, mais comme il était pas mal omnisport, je l’aurai plus vu au CIO. » Une autre institution pas franchement réputée pour sa transparence.