Finale Toulon-Clermont: Non, Mourad Boudjellal ne dit pas que des conneries

RUGBY Et il contribue même largement à dépoussiérer le rugby…

B.V.

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Le président du RC Toulon Mourad Boudjellal.
Le président du RC Toulon Mourad Boudjellal. — JEFFROY GUY / SIPA

Mourad Boudjellal insulte, agace et fatigue. Depuis qu’il s’est lancé dans l’ouverture rugby, le président de Toulon s’est plus fait connaitre par ses sorties fracassantes qu’autre chose. Et pourtant, au-delà des provocations, des traits d’esprits et des punchlines, il a surtout compris le rugby et la nécessité de le faire sortir de ses carcans conservateurs. Quitte à y aller un peu fort. 20minutes a ressorti du placard quelques unes des plus fameuses sorties de Mourad «Boudjelol» pour les analyser un peu plus en profondeur.

Sur l’arbitrage
La décla: «J’ai connu ma première sodomie arbitrale contre Clermont en demi-finale. Je viens de connaitre ma deuxième ce soir. Je n'aime pas ça. On pourra revoir les images non pas sur YouTube mais sur YouPorn». Janvier 2012

Ce qu’il aurait pu dire avec un peu plus de tact: «Nous n’avons pas aidé par l’arbitrage et ce n’est pas la première fois. Il y a sans doute un problème en France.»

Ce qu’il s’est passé depuis: Boudjellal n’est ni le premier ni le dernier à pester contre l’arbitrage du Top14. Mais force est de constater que depuis cette sortie mémorable – qui lui a valu une suspension de 120 jours - on aperçoit quelques changements au bout du chemin. Déjà, son Toulon est arbitré (très) correctement en Top14 comme en Coupe d’Europe, où les officiels anglo-saxons sont pourtant durs en affaire. Ensuite, il y a comme un vent de fraîcheur dans le dernier sport professionnel qui pratique encore l’arbitrage à la maison de manière industrielle. Il est désormais autorisé de gagner à l’extérieur. Et c’est peut-être un peu parce qu’un jour, un président de club a décidé qu’il n’était pas écrit dans les règles que l’équipe qui joue à domicile ne partait pas avec 10 points d’avance.

Sur les instances dirigeantes du rugby français
La décla: «Le monde a changé. Déjà le minitel, c'est hyper moderne pour eux, ils sont largués! Ils sont vieux, ils s'accrochent, ils se liquéfient presque pour certains. Ils vont rester et nous emmerder jusqu'à quand?» Juin 2012

Ce qu’il aurait pu dire avec un peu plus de tact: «Nos dirigeants sont en place depuis longtemps maintenant. Peut-être est-il temps de moderniser le rugby français et les gens à sa tête?»

Ce qu’il s’est passé depuis: On saura l’an prochain si le lobbying incessant de Mourad Boudjellal pour discréditer et rajeunir les instances très conservatrices du rugby français a fini par porter ses fruits. Les élections pour la présidence de la Fédération Française arrivent et son actuel entraîneur à Toulon, Bernard Laporte, sera probablement opposé à Pierre Camou, 75 ans et en place depuis deux mandats. Et en cas de victoire de l’ancien sélectionneur du XV de France, le rugby hexagonal peut s’attendre à un paquet de réformes.

Les doublons, les clubs et l’équipe de France
La décla: «Il faut revoir ces règles amateurs, ces doublons à la con. Moi, il y a deux semaines, j'ai juste eu le droit de payer mes internationaux français, pas de les faire jouer, et je n'ai pas eu d'indemnisation. C'est invivable, impensable dans le droit du travail. Moi, j'en ai marre de financer le rugby mondial.» Février 2013

Ce qu’il aurait pu dire avec un peu plus de tact: «Le rugby est le seul sport où l’une équipe est obligée de jouer sans ses internationaux. Le championnat n’est pas équitable et certains clubs sont désavantagés sans rétributions financières.»

Ce qu’il s’est passé depuis: Ce n’est évidemment pas que du fait de Mourad Boudjellal, car le combat des doublons est aussi l’un des préférés du légendaire coach de Toulouse Guy Novès, mais la saison de Top14 2014-2015 n’a accouché que de deux petits «doublons», ces journées où les clubs sont privés de leurs stars, retenues avec leurs équipes nationales. Un pas important même si l’année prochaine, Coupe du monde oblige, cinq à sept matchs se feront sans elles. En revanche, il n’existe toujours pas de compensations financières (comme c’est le cas en Angleterre) pour les clubs les plus touchés.

Sur les anglo-saxons et la Coupe d’Europe
La décla: «Comment les représentants de la France à l'EPCR ont-ils pu laisser faire les Britanniques pour organiser cette finale à Londres? Il y a un énorme sentiment de gâchis. Plus généralement, regardez combien il y a eu de finales en France et combien de fois nos clubs ont remporté ce trophée? S'il y a un pays qui est leader et qui méritait de recevoir cette première coupe d'Europe, c'était nous. Mais on s'est couché.» Avril 2015

Ce qu’il aurait pu dire avec un peu plus de tact: Pour une fois, à peu près la même chose.

Ce qu’il s’est passé depuis: La phrase est trop récente pour avoir quelques conséquences mais peut-être inspirera-t-elle pour le futur. Oui, les dirigeants français semblent souvent avoir tendance à se coucher devant les Anglo-saxons pour tout ce qui touche de près ou de loin à la coupe d’Europe et au tournoi des VI Nations: l’arbitrage, la commission de discipline, l’organisationnel. Que la finale entre Toulon et Clermont aient lieu à Twickenham est en effet une hérésie, mais ce n’est pas vraiment la première. Si ça pouvait être la dernière…

Sur le futur sélectionneur du XV de France
La décla: «Clermont me terrifie, joue très bien, et je ne comprends pas qu'on ne parle jamais de Franck Azéma pour l'équipe de France, avec son CV à Perpignan (champion de France en 2009) et Clermont. Je ne lui mets pas la pression, mais pourquoi on n'en a jamais parlé, ni la presse ni les techniciens? On dit qu'il n'était pas étranger aux bons résultats de Vern Cotter (dont il a été l'assistant de 2010 à 2014), eh bien, il le prouve.» Avril 2015

Ce qu’il aurait pu dire avec un peu plus de tact: La même chose, deux semaines plus tard

Ce qu’il s’est passé depuis: Rien. Evidemment, il s’agit d’une manœuvre pour tenter de déstabiliser le coach de Clermont avant le grand rendez-vous de Twickenham. Il n’empêche qu’il y a ici un fond de vérité que Boudjellal est le premier à oser. En termes de qualité de jeu, de régularité et de légitimité, Franck Azema aurait le profil parfait pour remplacer Philippe Saint-André à la tête du XV de France. C’est lui qui a permis l’éclosion de deux arrières du XV de France, Fofana et Nakaitaci. C’est aussi lui qui est allé chercher Abendannon au fin fond de l’Angleterre pour en faire un arrière de classe mondiale. Et c’est lui qui, pour sa première année en tant que grand chef, a refait de Clermont une machine à gagner. Même les finales?