Crash en Argentine: «Florence Arthaud a montré que la voile n’était pas un truc de gros macho»

TÉMOIGNAGE Le skipper Halvard Mabire raconte sa Florence Arthaud et la Route du rhum 1990…

B.V.

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La navigatrice Florence Arthaud brandit la coupe offerte par Louis Le Pensec, ministre des Dom-Tom (arrire-plan) aprs sa victoire de la "Route du Rhum", le 19 novembre 1990,
La navigatrice Florence Arthaud brandit la coupe offerte par Louis Le Pensec, ministre des Dom-Tom (arrire-plan) aprs sa victoire de la "Route du Rhum", le 19 novembre 1990, — MARCEL MOCHET/AFP

«Deux ans avant sa victoire à la Route du Rhum, on courait tous les deux une transat anglaise. J’avais fait toute la course derrière elle et je l’avais doublé la dernière nuit, ça l’avait énervée. Elle a pris sa revanche après…» Entre rires et larmes, le vieil ami et compagnon de mer Halvard Mabire raconte pour 20 Minutes sa Florence Arthaud, décédée lundi dans un accident d’hélicoptère. Une personnalité «rebelle, engagée, et qui aimait bien les gens».

Lorsqu’on parle de Florence Arthaud, on pense immédiatement à son surnom, «la petite fiancée de l’Atlantique». Est-ce que c’est une image qui lui convient bien?

Ce n’est pas surfait. On peut enlever la petite, qui datait surtout de sa première Route du rhum, qu’elle a fait à 21 ans en 1978, elle était alors toute jeune. Lorsqu’elle l’a gagnée, en 1990, on est alors passée de «petite» à «fiancée» tout court. Derrière le surnom un peu désuet, l’histoire retiendra avant tout cette superbe victoire pour la face immergée de l’iceberg, et pour les plus intimes, Florence restera quelqu’un de plein d’énergie, bouillonnant, entière. Avec les qualités et les défauts d’une personne entière…

Justement, vous terminez septième lors de sa victoire à la Route du Rhum en 1990. Vous-vous en souvenez?

Très bien. Elle a eu la délicatesse d’arriver le jour de mon anniversaire, et moi je suis arrivé le lendemain. Elle a pris sa revanche car, deux ans avant, on courait tous les deux une transat anglaise. J’avais fait toute la course derrière elle et je l’avais doublée la dernière nuit. Ça l’avait énervé (rires).

A l’époque, il n'était pas fréquent de voir une femme gagner en voile. Quel impact avait eu cette victoire?

Ce n’est pas fréquent car il y a malheureusement moins de femmes que d’hommes qui participent aux courses au large. Dans le milieu de la voile, sa victoire n’était pas une surprise, tout monde connaissait depuis longtemps déjà les qualités de Florence. Mais c’est pour le public que ça a été énorme. Quelque part, Tabarly a fait entrer la voile dans la tête des français, et Florence l’a popularisée. Elle a montré que la voile n’était pas qu’un truc de gros machos.

Elle est devenue une star…

Oui, car il y avait eu un suivi médiatique absolument énorme, comme on n’aura probablement plus jamais en voile. Le buzz était tellement énorme en France que ça avait interrogé de nombreux médias étrangers «Mais comment cela se fait-il donc que les médias français s’intéressent autant à Florence?» Elle avait dépassé les frontières.

Malgré les années, Florence Arthaud était toujours une personnalité très appréciée par les Français…

Complètement. D’une part pour l’exploit sportif très respectable, mais aussi pour son image un peu rebelle, engagée. C’était quelqu’un qui aimait bien les gens et, en général, les gens le rendent bien. Elle prenait peu de détours, elle donnait vite des baffes, mais elle n'était jamais méchante. Elle restait accessible pour tout le monde. Il n’y a pas de star-system en voile et surtout pas avec Florence. Ce qui est difficile c’est qu’à l’avenir il n’y aura plus beaucoup de place pour des personnalités comme ça. La société ne veut plus de gens qui ne sont pas politiquement corrects, qui ne sont pas polis. On est dans un monde de Bisounours et aujourd’hui les sportifs sont sous contrôle. Alors que Florence n’a jamais fait attention à son image. C’est quelqu’un d’hyper connu mais elle a jamais joué un rôle, elle n’a jamais rien fait pour être une star.