Sexe, salaires, secrets de vestiaires… Ce que le «footballeur masqué» balance sur le foot français

FOOTBALL Un ancien joueur pro, qui a souhaité rester anonyme, lève le voile sur le football professionnel…

Antoine Maes
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Illustration «Footballeur masqué»
Illustration «Footballeur masqué» — SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA Archives

Il y a bien sûr la grande traque pour trouver l’identité de son auteur. Mais il y a aussi et surtout ce que raconte le livre. Jeudi sort «Je suis le footballeur masqué»: une plongée à la fois anonyme, trash et instructive dans la vie d’un joueur de foot professionnel. Très loin des contes de fée et des rêves de gosse, le livre vous donnera une petite idée des combines plus ou moins avouables du petit monde du foot.

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Le sexe est omniprésent chez les pros

Pour être honnête, c’est l’inverse qui nous aurait étonnés. Mais cette fois, c’est écrit noir sur blanc. «Pour des raisons financières évidentes, le joueur de foot moyen reste avec la nana qu’il a connue avant. Il préfère la tromper parce qu’il a les opportunités de le faire. Le joueur de foot profite, va en boîte, sort avec des potes, baise. (…) Le footeux, c’est peut-être ce qui ressemble le plus à une rock star. Cette espèce de folie hystérique, la groupie, le sex fast-food…», écrit le «footballeur masqué». Les anecdotes sont nombreuses: d’une journaliste emmenée à l’hôtel après une émission de télé à un joueur brésilien propriétaire de boîte de nuit qui importait ses «cousines» en Europe. Le recours massif à des prostitués? «Je pense aussi que ça correspond à une perversion. Je peux tout me payer, même le sexe. Je raque pour tout, cher si possible. Le pouvoir, l’impunité. Moi, j’aimais pas payer. Et comme j’avais même pas besoin de faire des efforts…».

Avoir une augmentation ça s’apprend

Les salaires ont beau être énormes, le footeux court après l’augmentation, comme vous et moi. «Il paraît qu’on ne mérite pas ça. Qu’on est trop payés. Que parfois ça frise l’escroquerie. Mais qui signe le contrat? On oblige le mec à nous filer l’oseille? C’est une négo. On demande, on obtient, ou pas», écrit le «footballeur masqué». Méthode un: l’intox. «Les agents savent qu’en faisant circuler la rumeur que deux ou trois clubs anglais veulent de toi, ton salaire passe direct de 100.000 à 150.000 euros». Méthode deux: la Bilic. «Olivier Dacourt est devenu un patron en la matière. C’est Bilic qui lui a filé les tuyaux. (…) Si le club te veut, tu imposes une clause qui stipule que tu dois faire partie des trois ou cinq plus gros salaires du club. Si le club recrute deux vedettes qu’ils payent plus que toi, cela veut dire qu’ils sont obligés de t’augmenter.» Méthode trois: l’arrangement avec le coach. «Il y a des magouilles, bien sûr. (…) Il te manque un match pour toucher telle ou telle prime, tu demandes à l’entraîneur de te faire jouer. Il peut te faire entrer à dix minutes de la fin dans un match gagné d’avance (…). Tu peux même t’entendre avec l’entraîneur et lui reverser une partie de la prime. Beaucoup d’entraîneurs font ça.»

Les entraîneurs français sont nuls…

Il n’y a qu’à voir les résultats des clubs français en Coupe d’Europe pour s’en convaincre, mais le «footballeur masqué» enfonce le clou: les dirigeants tricolores ne sont pas à la hauteur. Les entraîneurs d’abord: «Surtout ne pas perdre, surtout ne pas prendre de but. C’est le mot d’ordre. Leur obsession, c’est plus ne pas prendre de buts qu’aller en marquer». Il pointe d’ailleurs du doigt leur formateur: «A la DTN, ce sont des entraîneurs tacticiens. Ils se creusent la tête, ils se masturbent l’esprit pour le jeu. (…) Ils savent ce qu’est la pédagogie, ils savent l’épeler, l’écrire, mais ça s’arrête là». Et de conclure sur un appel: «Un immense entraîneur français, c’est pour quand?» 

… Et les présidents sont encore pires

«J’ai fait cinq clubs en L1, je n’ai croisé que des tocards.» Le moins que l’on puisse dire, c’est que les présidents de clubs prennent très, très, très cher. «Un président, ça ne doit pas être un pote, ça doit être un patron. (…) le boss de Michelin n’est pas tout le temps avec ses salariés. J’ai pas mal de potes qui sont déjà en fonction comme entraîneur ou dans des staffs et qui me disent: "Le président veut trop être dans les causeries. (…) Il est tout le temps là, il passe son temps dans le vestiaire, il voyage avec nous." (…) Si tu fais ça, t’envoies pas les bons signaux». Un seul patron est épargné: Jean-Michel Aulas. «Il est au-delà de chiant, mais la façon dont il gère son club en France, il n’y a rien de mieux.»