Dakar 2015: Pour le directeur, Etienne Lavigne, cette course «est un torture-test XXL»

INTERVIEW Le directeur du Dakar, Etienne Lavigne, présente les particularités de cette édition 2015...

Propos recueillis par Nicolas Camus

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Le directeur du Dakar Etienne Lavigne, lors de la présentation de l'édition 2015 à Buenos Aires, le 11 décembre 2014.
Le directeur du Dakar Etienne Lavigne, lors de la présentation de l'édition 2015 à Buenos Aires, le 11 décembre 2014. — Natacha Pisarenko/AP/SIPA

De notre envoyé spécial à Buenos Aires (Argentine)

Le Dakar 2015, c'est parti. Les 406 véhicules engagés (164 motos, 48 quads, 138 autos, 64 camions) s'élancent ce dimanche de Buenos Aires pour 14 jours de course, qui les verront passer par le Chili et la Bolivie avant de boucler la boucle dans la capitale argentine. Alors que la parade des concurrents, samedi, a réuni près de 650.000 personnes à la Casa Rosada (le palais présidentiel), le directeur de course Etienne Lavigne se dit toujours autant impressionné par la ferveur des Argentins et présente les principales difficultés du parcours.

Comment se sent le directeur de course que vous êtes à la veille du départ?

Il y a de bonnes ondes avant le départ. Je le répète, mais ça se vérifie toujours plus : il y a un véritable engouement ici pour le Dakar et les sports mécanique en général. Il y a une tradition, une culture de ce type de compétition. Le Dakar a très vite rencontré son public depuis la première édition ici [en 2009]. C’est une épreuve qui fait référence. Les gens viennent très nombreux et en famille voir les concurrents, comme le Tour de France chez nous. Cette année, pour le podium, les autorités ont démonté les grilles du palais présidentiel qui ceinturent la cour d’honneur pour installer le podium. Cela montre leur volonté de mettre en place le plus bel écrin possible pour cette course.

>> Retrouvez par ici le blog de Bruno Da Costa, motard sur le Dakar

Quelles sont les principales difficultés du parcours cette année ?

Les Dakar se suivent mais ne se ressemblent pas, c’est toujours notre volonté. L’ADN du Dakar, c’est la découverte de nouveaux parcours, de nouveaux paysages. La première étape, dimanche, est une sorte de prologue, pour établir les premiers classements, mais dès la deuxième étape on entre dans le dur avec une spéciale de 500 km. La plus longue du rallye, déjà.

L’une des particularités concerne les étapes marathon [ sans assistance]…

Oui, les motos en ont l’habitude, mais là il y en aura deux dans la même semaine, ce qui va encore augmenter la difficulté. Et pour la première fois depuis des années [2005, en Afrique] les autos sont aussi concernées. C’est une vraie perspective de difficulté pour les pilotes et les copilotes. Culturellement, c’est très nouveau pour les autos de ne pouvoir compter que sur eux. Ça va leur demander de s’adapter rapidement.

 

 

Il y avait eu moins de 50 % des concurrents à l’arrivée l’an dernier. Doit-on s’attendre à ce qu’il y en ait encore moins cette année?

C’est très difficile à estimer. L’an passé, on a eu des conditions de course terribles sur la première semaine, avec des chaleurs inhabituelles pour l’époque, de l’ordre de 45-46°C. Avec les casques, les combinaisons, les bottes et tout l’équipement, ça laisse imaginer la difficulté pour les pilotes… Cette année les températures s’annoncent encore élevées, bien sûr, mais plus dans la norme. Ce n’est pas facile de faire des pronostics car ça reste une course de terrain, éprouvante, extrême. Comment vont réagir les pilotes à ce qu’on leur a réservé en plus des conditions météo? C’est toujours l’incertitude, et c’est le but d’ailleurs.

Comment voyez-vous le retour de Peugeot?

Déjà, ils ont les meilleurs pilotes de la discipline. Même Despres, s’il débute, était sans doute le plus grand pilote moto de l’histoire du Dakar. Il a une grande expertise en matière de navigation, d’approche de la course. Après, qu’un grand constructeur considère cette course attractive pour tester sa technologie et la fiabilité de ses véhicules, est forcément une bonne chose pour nous. Et d’un point de vue sportif ça va animer encore plus, s’il le fallait, la course auto. Cette année l’objectif sera peut-être plus pour eux d’emmagasiner de l’expérience. Volkswagen avait mis quatre ans pour gagner son premier Dakar. C’est une course d’expérience, et pas seulement pour les pilotes. On peut avoir les meilleurs pilotes du monde, il y a quand même la résistance de la voiture, la difficulté de la piste et tous ces paramètres en entrent en jeu. Ils abordent la course avec beaucoup d’humilité je pense. Le Dakar est un «torture-test XXL», qui soumet les mécaniques à des conditions extrêmes. C’est un sacré laboratoire.