Jean-Christophe Péraud: «Je culpabilise de ne pas être sur le vélo»

CYCLISME Le coureur français raconte sa reprise...

Propos recueillis par Romain Baheux

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Jean-Christophe Péraud pendant le Tour de France 2014.
Jean-Christophe Péraud pendant le Tour de France 2014. — LIONEL BONAVENTURE / AFP

C’est un temps à rester devant la cheminée avec une bonne tasse de chocolat chaud. En décembre, Jean-Christophe Péraud et ses collègues cyclistes doivent pourtant aller affronter la pluie ou le froid pour préparer la prochaine saison.

Mis à l’honneur avec deux autres coureurs tricolores Thibaut Pinot et Romain Bardet dans le livre Nouveau cycle, confidences de trois coureurs modernes sorti le 4 décembre, le deuxième du dernier Tour de France raconte son intersaison.

Comment vivez-vous la reprise?

Je souffre. Comme je coupe pendant un mois pour recharger mes batteries, c'est très difficile lors de la reprise. On a mal un peu partout, tant dans les muscles qu'au niveau respiratoire. Le plaisir dans le vélo, c'est d'être dehors donc je ne fais pas de vélo d'appartement et je commence de suite par une sortie. Evidemment, on ne se fait pas cinq heures d'un coup la première fois. J'essaie d'aller me tester sur des ascensions au bout de deux ou trois semaines d'entraînement. C'est ce que j'aime et ce qu'il y a de plus motivant.

Comment gérez-vous le froid?

On a des équipements adaptés. Je ne dirais pas que l'on ne le sent pas du tout, mais c'est mieux qu'au début de ma carrière en tout cas.

Devez-vous vous priver lors des fêtes de fin d'année?

Non, ça va. On est encore hors saison et les objectifs sont lointains. On profite des fêtes comme tout le monde. Moi j'ai tendance à ne pas prendre trop de poids, donc je ne me restreins pas trop mais ça dépend des organismes. D'autres ont plus de mal et doivent se serrer la ceinture pendant cette période.

Votre deuxième place au Tour vous a amené de la notoriété. Quelles en sont les conséquences?

A l'entraînement, plus de gens me reconnaissent mais je suis encore loin d'être une star, je vous rassure. Ce qui est compliqué, c'est la logistique et le professionnalisme que je voudrais mettre en place et que je n'arrive pas à cause de petites sollicitations à droite à gauche.

C’est-à-dire?

Il y a des impératifs médiatiques et d'autres événements qui me prennent du temps. Ça fait partie de mon métier et je m'y prête volontiers mais par rapport à la saison prochaine, ça m'agace parfois. Je me dis que je devrais être sur mon vélo à faire des kilomètres au lieu de faire autre chose. Je me sens un peu mal à l'aise et coupable. Je me dis que dans six mois, je pourrai regretter d'avoir accepté telle ou telle chose.

Vous êtes l'un des cyclistes en couverture de l'ouvrage Nouveau cycle, confidences de trois coureurs modernes. Pourquoi avoir accepté?

Je n'avais pas spécialement d'avis par rapport à ça, j'ai suivi le mouvement parce que le projet nous concernait tous les trois [Romain Bardet et Thibaut Pinot] et comme Romain avait dit oui, je ne voulais pas faire le rabat-joie [rires]. Il n'y avait pas réellement de but précis pour moi en y participant, j'ai l'impression de me retrouver dans ses livres ainsi que ses valeurs.

Le livre révèle que vous avez failli arrêter le cyclisme à 20 ans à cause d'un contrôle qui a révélé un taux d'hématocrite supérieur au règlement. Finalement, vous avez réussi à prouver que ce taux était naturel. N'aviez-vous pas peur des amalgames en racontant cette histoire?

A partir du moment où je n'ai rien à me reprocher, je ne vois pas pourquoi je ne pouvais pas en parler. Refuser de le faire aurait signifié que j'avais quelque chose à cacher sur ce sujet.