Sébastien Ogier: «Le rallye est le seul sport où on veut pénaliser les meilleurs»

INTERVIEW Le pilote français Sébastien Ogier, digne successeur de Sébastien Loeb, a été sacré champion du monde des rallyes pour la deuxième fois de sa carrière cette saison...

Propos recueillis par Nicolas Camus

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Le double champion du monde des rallyes Sébastien Ogier (Volkswagen), le 2 octobre 2014 à Strasbourg.
Le double champion du monde des rallyes Sébastien Ogier (Volkswagen), le 2 octobre 2014 à Strasbourg. — SEBASTIEN BOZON / AFP

Ce n’est pas encore les vacances pour Sébastien Ogier. Sacré champion du monde des rallyes pour la deuxième fois (d’affilée) mi-novembre, le pilote français enchaîne depuis les cérémonies, remises de récompenses et tournées médias. Après des ultimes essais avec son écurie Volkswagen en vue de la saison prochaine, il aura le droit de couper complètement le 17 décembre, jour de ses 31 ans. En attendant, de passage à Paris, ce lundi, il a livré à 20 Minutes ses impressions de maître de sa discipline et ses craintes pour la saison 2015.

Etre champion du monde, c’est encore mieux la deuxième fois?

C'est différent. Le premier titre, je l’ai vécu comme un soulagement d’avoir atteint mon objectif, d'avoir réalisé mon rêve. J’avais dominé assez largement la saison, je ne ressentais pas trop la pression des autres concurrents. Cette année la bagarre a été plus intense, du coup l’émotion a été plus forte. On apprécie toujours plus les victoires après une belle bataille.

Avez-vous le sentiment, désormais, de ne plus être «l’autre Sébastien» du rallye français?

On m’en parle de moins en moins, c’est vrai. Ça a fait partie de mon début de carrière, mais il y avait tellement de points communs entre nos parcours que c’était inévitable. C’était un honneur d’être comparé à un tel champion et il a été une «valeur étalon» incroyable. Mais c’est appréciable d’être reconnu aujourd’hui pour ce que je suis et plus seulement comme un deuxième Sébastien Loeb.

Petit retour en arrière. 2012, dernière saison de Loeb, vous quittez Citroën. Ces changements vous ont servi de déclic?

Pas forcément. J’ai fait tout mon apprentissage en rallye à ses côtés, chez Citroën, ça m’a permis d’atteindre un excellent niveau que j’ai ensuite perfectionné en passant chez Volkswagen. Ça a été un nouveau départ, une nouvelle aventure plus qu’un déclic. Avec une période de creux en 2012 où j’ai fait ce choix [de changer d’équipe pour développer une voiture sans participer au championnat]. J’ai perdu un an mais c’était reculer pour mieux sauter, puisque les résultats ont suivi tout de suite.

Vous avez pour objectif de battre les neuf titres mondiaux de Loeb?

Je suis plutôt dans une approche saison par saison. Je ne me projette jamais trop loin, comme dans la vie de tous les jours d'ailleurs. On va déjà essayer d’aller chercher le troisième et on verra si ma carrière continue sur la même lancée, peut-être que ça pourra devenir un objectif, un jour.

Vous sentez en tout cas l’envie de rester en rallye encore longtemps?

Je ne sais pas. C’est toujours le sport que j’aime, celui qui me fait rêver, vibrer. Je ne pourrais pas dire combien de temps encore ce sera le cas. Le facteur le plus important, c'est le plaisir. Concrètement, aujourd’hui, je suis sûr à 100 % de rester en rallye pour les deux ou trois ans qui viennent. Plus loin, je ne sais pas.

Comment voyez-vous la saison qui arrive? Vous êtes plus que jamais l’homme à battre…

On a prouvé notre valeur, c’est sûr. On est la référence maintenant, il n’y a rien d’autre à faire que d’assumer ce statut et de rester les meilleurs.

Il va y avoir une évolution dans le règlement [une nouvelle règle prévoit que le leader du championnat du monde devra balayer la piste durant les deux premiers jours de course, et non plus un seul]…

Ce n’est pas une évolution, ce n’est pas le bon mot. Il faudrait plutôt parler de régression!

Vous avez tenté de la faire annuler…

Oui, car cela va à l’encontre des meilleurs. Au vu de ma domination ces deux dernières saisons, je me sens forcément visé. Ça a été difficile à accepter, j’ai essayé de me battre parce que je ne connais aucun autre sport dans le monde où on veut pénaliser de la sorte les meilleurs. L’argument avancé par la FIA, qui est d’avoir plus de vainqueurs différents, plus de bagarre, ne tient pas. Ça va trop loin. Pour moi, un championnat du monde, ça reste une compétition où les meilleurs doivent gagner.

Vous pensez que sur certains rallyes ce sera impossible pour vous de l’emporter?

Je le pense, oui. En Sardaigne, au Mexique, en Australie, là où il y a énormément de balayage et où le fait de rouler en premier est très pénalisant. Rouler deux jours en premier, ce qui représente environ 80 % du rallye, ça va être mission quasi impossible.

Le challenge est donc plus excitant aussi non?

Il faudra le prendre comme ça. J’espère que ça restera le meilleur qui gagnera en fin de championnat. Il faudra peut-être partir pas trop fort en début de saison, sinon on risque de se faire pénaliser toute la saison. Et faire un dernier tiers de championnat à bloc. On verra la tactique à employer.