Barça-PSG: Neymar ou Lucas, qui est le meilleur dribbleur?

FOOTBALL Les deux Brésiliens seront face-à-face en Ligue des champions mercredi à Barcelone…

Julien Laloye

— 

Neymar et Lucas, duel de dribbleurs au Nou Camp.
Neymar et Lucas, duel de dribbleurs au Nou Camp. — Emilio Morenatti / JEFFROY GUY/ AP /SIPA

«Ils flirtent avec le hors-jeu, dansent sur un fil, à la lisière, le poteau de corner ou la favela. Ils doivent tromper leurs adversaires pour passer. Le mouvement inattendu, la fausse piste, la feinte de corps, l’entrechat». Ainsi écrit Olivier Guez dans Eloge de l’esquive (paru chez Grasset), à propos des «malandro», ces grands dribbleurs de l’histoire du foot brésilien. Cela tombe bien, Neymar et Lucas partageront la même ligne de touche mercredi au Nou Camp lors de Barcelone-PSG. Le journaliste-écrivain nous aide à départager les deux spécimens brésiliens les plus brillants du moment.

Le dribbleur le plus créatif: «Neymar appartient à la tradition des très grands»

YouTube est formel. Pour un grand pont réussi de Lucas, vous y trouverez un camion d’espadinha et autre pedalada de Neymar. S’il n’a pas les jambes arquées de Garrincha, l’attaquant du Barça a depuis longtemps gagné la bataille de l’héritage. «Neymar appartient à la tradition des très grands dribbleurs brésiliens, explique Olivier Guez. Le championnat local est faible, d’accord, mais il réalisait déjà des gestes extraordinaires à 17 ans, c’était un demi-dieu, au contraire de Lucas.» Ce dernier, depuis son arrivée en Europe, a au moins créé sa marque: celle des chevauchées fantastiques pas toujours bien terminées. «Le match à Valence a contribué à définir son style tout en percussion. Mais il reste loin du gotha, des Ronaldo ou Ronaldinho».

;

Le dribbleur le plus efficace: «Lucas a un coup de rein assez génial»

Confrontés à la rigueur des hivers continentaux et à la dureté des vissés locaux, Neymar et Lucas ont banni les gourmandises à leur arrivée au Barça et au PSG. Mais l’ailier parisien est celui qui en souffre le moins: son jeu convenait déjà aux standards européens. «Je l’ai croisé en vrai, et je l’ai trouvé bien plus costaud que devant ma télé. C’est rare pour un joueur brésilien, cette vivacité alliée à cette résistance physique. C’est ce qui lui donne ce coup de rein génial». Neymar, lui, sait faire plus de choses, mais en Catalogne, il privilégie l’efficacité du buteur à celle du dribbleur (13 buts cette saison). «Dans la finition, Neymar a les qualités d’un très, très grand attaquant. Lucas devra progresser énormément pour arriver à ce niveau.»

Le dribbleur le plus charismatique: «Neymar mériterait une équipe bâtie pour lui»

Sur ce plan, le duel est déséquilibre, entre le trésor national du brésil (42 buts en 59 sélections), et Lucas, même pas sélectionné pour la Coupe du monde. «Neymar dégage un charisme exceptionnel. Il a tenu l’équipe brésilienne à bout de bras pendant le Mondial. Quand il s’est blessé, tout s’est écroulé. Il mériterait d’être la vedette incontestée de son club. J’aimerais voir une équipe bâtie autour de lui.» Lucas n’est pas près d’avoir ce statut au PSG. Parce qu’il y a Ibra, certes, mais aussi parce qu’il n’y affiche pas le comportement de leader de vestiaire. «Lucas a une vraie marge de progression dans le jeu. Mais il n’aura jamais une personnalité aussi forte que Neymar, cette capacité à entraîner les autres».

Le dribbleur le plus durable: «Neymar aurait eu sa place dans le Brésil de 70» 

Le passé récent regorge de petits génies brésiliens qui se sont crachés en vol. Qui a vu débuter Robinho au Real Madrid un soir d’été à Cadix a cru assister à la réincarnation de Pelé. Il a été bien déçu depuis, comme l’amateur des arabesques de Denilson. «Je connais moins Lucas et son entourage, mais ce sera différent avec Neymar, juge Guez. Son ascension a été programmée. Il n’est pas un dribbleur dionysiaque comme Ronaldinho, qui était un jouisseur assumé, mais il est beaucoup plus professionnel. C’est un athlète extraordinaire adapté aux exigences physiques actuelles, comme l’étaient Pelé ou Zico. Le jeu va deux ou trois fois plus vite qu’à l’époque, mais il aurait eu sa place dans le Brésil de 70 ou celui de 82.»