L'eurovalie en pleine crise

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En exagérant à peine, Biarritz pourrait être en vacances d'été d'ici 10 jours, en voyant s'éloigner l'accession aux demi-finales du Top 14 de rugby, puis en se faisant éliminer de son Graal proclamé, la Coupe d'Europe, lors de ses matches contre Albi, vendredi, et Northampton le 1er avril.
En exagérant à peine, Biarritz pourrait être en vacances d'été d'ici 10 jours, en voyant s'éloigner l'accession aux demi-finales du Top 14 de rugby, puis en se faisant éliminer de son Graal proclamé, la Coupe d'Europe, lors de ses matches contre Albi, vendredi, et Northampton le 1er avril. — Daniel Velez AFP

On se croirait revenu dans les années 1940, quand la définition de l'amateurisme dans le rugby divisait l'Europe de l'ovalie. La décision de la Ligue française de ne pas inscrire les clubs tricolores dans la Heineken Cup l'an prochain résonne aujourd'hui à la façon d'une guerre froide.

Les Anglais suivistes


Lundi soir, la Ligue anglaise a annoncé son intention de ne pas participer non plus à l'épreuve. «Une Coupe d'Europe sans les grands clubs français n'est pas une véritable compétition européenne et les clubs de Premier Rugby ont décidé unanimement de ne pas prendre part à une telle compétition sans les Français». Mardi matin, le directeur de Premier rugby réaffirmait toutefois sa volonté de «continuer d'essayer de ramener les clubs français, mais cette perspective ne semble pas très probable».

Les Français irritables

Président de la Fédération française de rugby, Bernard Lapasset n'apprécie pas vraiment l'attitude anglaise: «Cela m'inspire cette réflexion: "Messieurs les Français, tirez les premiers". Je ne trouve pas ça très courageux. Cela renvoie la balle aux Français». Pour autant, il n'a pas souhaité s'exprimer sur le fond de l'affaire, de peur de réaffirmer ses divergences avec le président de la ligue, Serge Blanco.

Mais nombre d'observateurs, notamment en Angleterre, avancent un autre argument que celui des désaccords finanaciers, soulignant ainsi que l'absence de Coupe d'Europe permettrait de ficeler plus facilement le calendrier d'une saison qui ne débutera qu'après la Coupe du monde (du 7 septembre au 20 octobre) et s'achèvera par une tournée du XV de France en Australie au mois de juin 2008.

Irlandais et Gallois offensifs

Le porte-parole de la province irlandaise du Munster, tenant du titre, a d'ailleurs choisi de parler franc dans le débat: «Les Français boycottent à cause de la Coupe du monde. C'est aussi simple que ça. Mais ils devraient le dire. Ils sont malhonnêtes. On n'a jamais vu la France soutenir ses "frères anglais", jamais».

De son côté, le directeur des Ospreys de Neath-Swansea, pense argent: «Chaque club a tiré un
immense profit de sa participation à la Coupe d'Europe. Mettre en péril le navire amiral du rugby européen est égoïste». Et le porte-parole gallois de conclure, fataliste: «Quand les Français ont brandi leur menace de retrait il y a deux mois, tout le monde a cru que c'était du bluff et que la Coupe d'Europe était trop précieuse pour être mise en péril. Mais nous en sommes arrivés là. Le rugby a un grand talent pour se tirer une balle dans le pied».