Coupe Davis: «Wawrinka et Federer sont des collègues de travail, pas des amis»

TENNIS Les deux hommes ont appris à se connaître et à s’apprécier avec le temps, selon Laurent Favre, auteur d’un livre sur Wawrinka…

J.L.

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Stan Wawrinka et Roger Federer, le 15 novembre 2014 à Londres.
Stan Wawrinka et Roger Federer, le 15 novembre 2014 à Londres. — Tim Ireland/AP/SIPA

Il y a le dos de Federer, bien sûr, qui occupe toutes les attentions à quatre jours de la finale de la Coupe Davis à Lille. Mais il y a aussi cette discussion de vestiaire, samedi à Londres, entre le Suisse et son compatriote Stan Wawrinka, à propos de soutien un peu trop animés dans le clan du n°2 mondial. Rien d’extraordinaire entre deux rivaux à la relation compliquée, faite de SMS d’encouragement, de confiance réciproque, et de moments de tension réels, nous explique Laurent Favre, journaliste à l’Illustré en Suisse, et auteur de Stan Wawrinka (éditions Favre, disponible en France), le premier ouvrage qui s’intéresse de près à la personnalité de l’autre Suisse.

On parle presque autant de l’altercation entre Wawrinka et Federer à Londres que de la blessure au dos de Roger. Est-elle révélatrice de leur relation?

Vous savez, Stan a son caractère, ça ne m’étonnerait pas que dans le feu de l’action, il ait dit ou reproché certaines choses. Parfois, il a besoin de décompresser «en parlant» à l’arbitre, à l’adversaire, à lui-même… Mais je ne pense pas qu’il y ait un vrai problème entre les deux à cause de cette altercation avec Mirka.

Comment peut-on qualifier leur rivalité?

Quand vous êtes contemporain d’un type qui est le meilleur dans son sport, c’est compliqué. Au début, Stan a beaucoup profité de l’expérience et des conseils de Federer (qui a par exemple accepté de partager son préparateur physique, ndlr). Ensuite, il y a eu un moment où Stan a considéré qu’il n’avait pas la reconnaissance qu’il méritait. E puis cela s’est amélioré à partir de 2013, avec la victoire de Stan à l’Open d’Australie. Ce n’est pas une coïncidence.

C'est-à-dire?

Avec le recul, leur médaille olympique aux JO de Pékin en 2008 n’a pas compté tant que ça dans leur relation. Wawrinka avait boosté Federer et sorti des matchs énormes, mais il a vraiment gagné son respect en gagnant l’Open d’Australie. Pour un type comme Federer, tant que vous n’avez pas gagné de Grand Chelem, vous ne pouvez pas savoir ce que ça représente. Maintenant, Stan le sait, et ils peuvent enfin se parler d’égal à égal.

Sont-ils devenus amis?

Je ne dirais pas qu’ils sont amis, mais plutôt qu’ils s’apprécient. Ce sont des collègues de travail. Ils ont de bonnes relations, mais quand ils rentrent chez eux, ils ne sortent pas ensemble le samedi soir. Stan ne fait pas partie du cercle intime de Federer, comme Chiudinelli ou le capitaine de Coupe Davis Séverin Lüthi, que Federer connaît depuis qu’il a 14 ans. Stan est beaucoup plus proche de Tsonga, où Monfils, qui habitent à dix minutes de chez lui, que de Federer, qu’il voit peu.

Et dans l’opinion publique suisse, quel est leur statut?

L’opinion s’est peu à peu retournée en faveur de Wawrinka, notamment dans la partie alémanique. Une étude sur l’image de la Suisse à l’étranger a montré récemment que dans le cas de Federer, un article sur deux ne mentionnait même pas sa nationalité, parce qu’on parle d’une icône globale. Stan, c’est le contraire. Il a grandi dans une ferme au milieu des tracteurs et des animaux, c’est un bourreau de travail qui s’est construit à la force du poignet. Il correspond à l’image que les Suisses se font d’eux-mêmes. Ici, on se méfie toujours un peu du talent.  

Leur relation peut-elle souffrir d’une défaite en finale de Coupe Davis?

Ça dépend de quelle façon ils perdent. Si Federer est blessé et qu’il ne peut pas jouer, c’est la faute à pas de chance. Et puis ce n’est peut-être pas leur dernière chance de gagner la Coupe Davis. Stan a toujours répondu présent, il n’y a pas de raisons qu’il change d’avis demain. Quant à Federer, il ne faut pas exclure qu’il revienne, en fonction du tableau.