Jean-Claude Mbvoumin: «On promet une carrière à la Drogba à des jeunes puis on les abandonne»

FOOTBALL Dupé par un pseudo-agent, un mineur camerounais a été laissé à Louhans. Le fondateur de l'association Foot solidaire réagit...

Propos recueillis par Romain Baheux

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Des jeunes jouent au football en Centrafrique le 22 février 2014.
Des jeunes jouent au football en Centrafrique le 22 février 2014. — FRED DUFOUR / AFP

Louhans, fin du voyage. Après 24 heures d’errance dans la ville de Saône-et-Loire, un Camerounais de 15 ans s’est présenté à la gendarmerie en fin de semaine dernière. Abusé par un pseudo-agent qui lui aurait promis une carrière professionnelle, l’adolescent est arrivé en Europe par le Portugal grâce à des faux papiers. Une fois en France, il a été conduit à Louhans puis abandonné devant le stade où il n’était pas attendu. Pour l’ex-joueur Jean-Claude Mbvoumin, fondateur de l’association Foot solidaire qui vient en aide aux jeunes footballeurs africains en difficulté, ce cas montre l'étendue d'un phénomène important.

Le cas du jeune Camerounais retrouvé à Louhans s'inscrit-il dans une tendance générale?

Ça fait quatorze ans que l’on évoque cette question avec l’association mais on voit toujours des jeunes Africains arriver en Europe avec l’espoir d’imiter de grands joueurs. Nous n’avons pas de statistiques précises car ce phénomène est très difficile à recenser. Ce n’est pas toujours médiatisé mais le problème est là.

Qui sont les jeunes concernés?

On a des joueurs, comme ce garçon à Louhans, dont les familles paient une somme importante pour qu'ils effectuent un essai en Europe, et qui se retrouvent sans rien. Des gens leur vendent du rêve en leur promettant une carrière à la Didier Drogba puis les abandonnent. Des footballeurs viennent aussi faire un véritable essai dans des clubs français mais ne sont finalement pas retenus. Leurs familles se sont ruinées et ils ne veulent pas rentrer au pays car ils ont honte d’avoir échoué.

Qui organise leur venue?

Des personnes liées au crime organisé ou des passeurs. Ils répondent à une demande de jeunes qui veulent à tout prix montrer leurs capacités en Europe. Récemment, j’ai eu le cas d’un joueur, passé par le Nigeria puis par l’Italie, dont la famille a versé 4.500 euros.

Comment se retrouvent-ils à partir de la sorte?

On a un problème d’information des familles sur les véritables filières pour devenir footballeur professionnel. C’est aussi une question de suivi des jeunes. Les parents ne doivent pas laisser partir un mineur à l’étranger sans surveillance dans des conditions pas souvent très nettes. Le joueur émigre sans garantie et sans contrat.

Quels sont les pays les plus concernés?

Il suffit de prendre une carte des grands pays du football africain: Cameroun, Côte d’Ivoire, Nigeria… Plus les résultats des sélections nationales sont bons, plus les jeunes veulent partir. Ils cherchent à jouer en Europe, comme leurs aînés, pour revenir ensuite en héros.

Qu’arrive-t-il ensuite à ces jeunes?

Si le jeune ne trouve pas un club avant l’expiration de son visa, il est déclaré en situation irrégulière. On se retrouve rapidement dans les problèmes d’immigration clandestine classique. Ils ne peuvent pas se soigner, ils se cachent car ils ont peur de la police et ils travaillent au noir pour survivre. Ils se retrouvent en danger, à la merci de la rue.