France-Espagne: Les chantiers de Didier Deschamps jusqu'à l'Euro 2016

FOOTBALL Le sélectionneur a deux ans pour façonner une équipe capable de remporter le championnat d'Europe en France...

Nicolas Camus

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Paul Pogba et Karim Benzema lors du rassemblement de l'équipe de France, le 1er septembre 2014, à Clairefontaine.
Paul Pogba et Karim Benzema lors du rassemblement de l'équipe de France, le 1er septembre 2014, à Clairefontaine. — FRANCK FIFE / AFP

Tout le monde est d’accord, la France est sortie grandie du Mondial brésilien. Le groupe né du barrage retour face à l’Ukraine fin 2013 a montré une cohésion et un talent qui laissent augurer de beaux lendemains. D’ailleurs, pour cette rentrée, Didier Deschamps a rappelé tous les Mondialistes disponibles (seuls Landreau, à la retraite, et Koscielny et Giroud, blessés, n’y sont pas), et sa composition d’équipe face à l’Espagne jeudi soir ressemblera comme deux gouttes d’eau à celle qui a chuté contre l’Allemagne. Mais si la continuité prime, il reste des changements à apporter pour faire de cette équipe un potentiel vainqueur de l’Euro 2016. Voici ces principaux chantiers.

Elargir la palette tactique

Le 4-3-3 qui a permis à la France de dominer l’Ukraine en barrages retour, en novembre dernier, est immuable depuis. Ce système fonctionne, mais il va falloir trouver des évolutions pour ne pas être trop prévisible. «Il ne s’agit pas de se limiter à ça [le 4-3-3] pendant deux ans, reconnaît le sélectionneur. On veut travailler sur des animations différentes pour être prêts au cas où.» La problématique reste toujours la même en sélection; Difficile de travailler cet aspect en profondeur lors de rassemblements de quelques jours. «Il faut agir vite, et on n’a pas beaucoup de recul pour savoir si ça fonctionne ou pas, relève Alain Boghossian, adjoint de Raymond Domenech puis de Laurent Blanc entre 2008 et 2012 et aujourd’hui consultant sur Eurosport pour la Ligue 2. Mais Didier fait partie de ceux qui savent s’adapter, c’est sa grande force. Après, changer de système veut aussi dire s’appuyer sur des joueurs différents.» Ce qui va peut-être contraindre «DD» à élargir son groupe de base de 25-30 joueurs.

Trouver un leader sur le terrain

Cela a cruellement manqué contre l’Allemagne. Ce joueur à qui on donne le ballon quand on n’y arrive pas, qui met de l’ordre, qui rassure. «Il n’y a pas de pouvoir à prendre», juge Antoine Griezmann. Et pourtant. Chaque sélection qui remporte des titres en a un, voire deux. Savoir si Franck Ribéry était bien ce type de joueur ne sert plus à rien. Karim Benzema? «C’est un joueur expérimenté, très important mais je ne vais pas lui demander de s’impliquer plus. Je ne sais pas s’il en a envie d’ailleurs», élude Deschamps. Qui alors? «Paul Pogba, répond sans hésiter Boghossian. Il a tout pour devenir un leader technique et charismatique. Il est jeune [21 ans] mais il me rappelle Deschamps à son âge. Déjà incontournable. En plus par son placement au milieu de terrain, il est concerné par la récupération, la transmission, la sortie du ballon, l’apport offensif. Automatiquement, il est en relation avec tous les secteurs. Il est loin d’être arrivé, notamment avec cette nonchalence qu’il faut gommer, mais il est dans le bon état d’esprit.» Raphaël Varane, étonnant de maturité en défense centrale pour ses 21 ans, a également le profil pour prendre sa part de responsabilité.

Donner de l’expérience aux «nouveaux» pour étoffer le banc

C’est le paradoxe de ces deux prochaines années. «DD» doit réussir à donner une assise aux Bleus en permettant aux titulaires attendus de s’aguerir encore, mais aussi amener les Mangala, Cabella, Schneiderlin ou Lacazette au niveau international pour pouvoir entrer à tout moment. Ces joueurs ont un certain vécu avec le groupe, notamment ceux qui étaient au Brésil, mais en manquent clairement sur le terrain. «C’est important d’étoffer son banc en expérience. Didier va le répéter à ses joueurs: il n’existe pas de matchs amicaux au niveau international. Chaque match va compter, dans le rendement individuel du joueur et dans son rapport au collectif», explique Alain Boghossian. «Avoir le top niveau européen, ça ne vient pas du jour au lendemain», sait le sélectionneur. A lui de trouver le bon équilibre pour dégager le groupe le plus homogène possible en 2016. «Le challenge est très beau, conclut l’ancien adjoint. Didier a posé un socle, il a mis les fondations, il va falloir les peaufiner et monter les étages petit à petit pour atteindre l’excellence.»