«Un derby qui n'a jamais connu d'enjeu sportif»

SAINT-ETIENNE/LYON Alors que les deux clubs s'affrontent à 17h, retour sur les spécificités d'un...

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Même avec un Lyon déjà sacré champion de France et un Saint-Etienne en roue libre, un derby reste un derby. Et pour les supporteurs stéphanois, un succès à Gerland -chose qui n'est plus arrivée à l'ASSE depuis treize ans- ferait sans doute oublier une saison finalement très décevante.
Même avec un Lyon déjà sacré champion de France et un Saint-Etienne en roue libre, un derby reste un derby. Et pour les supporteurs stéphanois, un succès à Gerland -chose qui n'est plus arrivée à l'ASSE depuis treize ans- ferait sans doute oublier une saison finalement très décevante. — Martin Bureau AFP/Archives
Philippe Liotard, Maître de Conférences à l’UFR STAPS de Lyon, a participé en mai 2006 à un colloque à Saint-Etienne sur le thème «1976-2006 : trente ans de derby». Pour 20minutes.fr, il donne son sentiment sur la rivalité rhodanienne, alors que les Verts reçoivent les Gones samedi à 17h.

Quelles sont les spécificités du derby entre Lyon et Saint-Étienne?
Si sportivement les premières rencontres remontent aux années 1950, il s’est imposé médiatiquement au début des années 1990. C’est-à-dire, comme pour les autres grands classiques, avec des articles de presse toute la semaine qui évoque le grand rendez-vous du week-end. Mais ce qui est intéressant par rapport aux autres derbys, c’est que l’enjeu sportif n’a quasiment jamais été déterminant. En revanche, rarement la question de la suprématie symbolique ne s’est aussi bien posé, entre une ville ouvrière et une ville bourgeoise. Au point que ce qui n’est aujourd’hui plus qu’un stéréotype est encore très structurant pour les nouvelles générations de supporters. Si la réalité d’une ville minière aspirée par une grande métropole s’estompe, elle reste gravée dans les inconscients.

Comment décrire l’évolution de l’opposition?

Durant les années 1970, Saint-Étienne est au sommet et le derby est le seul moment où l’OL peut affirmer sa position de capitale régionale, alors même que les supporteurs lyonnais soutiennent les Verts dans leurs épopées européennes. On connaît ensuite des moments d’engouement les années de retrouvailles, quand l’un des deux clubs descendus en deuxième division est remonté (le plus souvent Saint-Étienne). Mais dans tous les cas, ce type de match offre toujours une confrontation en homme à homme. Ce qui plaît aux supporters. Le derby entre Lyon et Saint-Étienne a ainsi permis le développement du supportérisme, même si le public stéphanois est toujours reconnu comme le meilleur public de France, même par la Ligue, qui demeure enthousiaste quels que soient les résultats de son équipe. Au contraire, le public lyonnais est encore en décalage avec les résultats de l’OL. Même si l’ère Aulas correspond à une certaine structuration des clubs de supporteurs.

Et aujourd’hui, quel est l’enjeu du match?

Au-delà du poids symbolique et du plan comptable (les Verts jouent le podium), il y a un enjeu de domination régionale : pour une fois, Lyon et Saint-Étienne sont complices pour installer la région Rhône-Alpes au sommet du championnat, devant le Nord-Pas-de-Calais (avec Lille et Lens). On va aussi voir quelle est la stratégie lyonnaise, et si celle-ci prend en considération l’adversaire stéphanois, à quelques jours de la Ligue des champions. Enfin, il y a le «passif Piquionne», qui a ravivé la rancœur des Foréziens vis-à-vis d’un OL allant à l’encontre d’une de leurs valeurs fondatrices : l’argent n’est pas tout.
Au-delà du derby, l’autre intérêt de ce match concerne l’arbitrage. Fraîchement nommé président du syndicat des arbitres, Tony Chapron est l’homme qui avait sifflé deux pénalties aux Parisiens pour des tirages de maillot dans la surface. Son comportement dans un grand match, qui sera sûrement musclé, montrera le niveau de détermination des hommes en noir pour l’avenir.

Votre pronostic?

Une victoire stéphanoise par un but d’écart, au bout d’un match intense.