Coupe du monde 2014: L’Allemagne est-elle redevenue allemande?

FOOTBALL Romantique depuis la révolution de son football au milieu des années 2000, la Mannschaft est redevenue plus pragmatique avant d’affronter le Brésil en demi-finale du Mondial…

B.V. à Belo Horizonte, avec C.C. et M.N

— 

Philipp Lahm prend un ballon de la tête face à la France, le 4 juin 2014
Philipp Lahm prend un ballon de la tête face à la France, le 4 juin 2014 — kyodowc115345.JPG k/NEWSCOM/SIPA

De notre envoyé spécial à Belo Horizonte (Brésil),

L’histoire fait mal les choses. Sa dernière couronne mondiale, l’Allemagne l’a gagnée en offrant un football minimaliste à l’extrême. C’était en 1990. Depuis - après un Euro 2004 catastrophique - elle a changé son identité de jeu, troquant le style ultra-défensif et réaliste pour accoucher d’un football flamboyant, fait d’enchaînements de passes, de mouvement, de vitesse et… d’échecs. Sur les huit dernières années, le Mannschaft a toujours été au moins en demi-finale, Euro et Coupe du monde réunis, sans ne jamais rien gagner. Comme si la gloire se refusait aux infidèles. Comme si l’Allemagne ne pouvait pas gagner autrement qu’en étant l’Allemagne.

Message reçu. Au Brésil, elle a retrouvé un certain pragmatisme dans son football. Contre la France, elle n’a quasiment rien montré, mais elle a gagné. «Elle s’est retrouvée dans ses valeurs d’autrefois avec une grande solidité défensive, de l’efficacité et elle est redevenue dangereuse sur coup de pied arrêté, converge Gernot Rohr, le sélectionneur allemand du Niger. Elle a retrouvé cette solidarité qu’on lui connaissait. Elle a eu de la maîtrise pour gérer avec sérénité son avantage contre la France.»

Matthaüs: «Moins esthétique»

Loin d’être aussi brillante qu’il y a quatre ans, le Mannschaft a grandi. Après la défaite des Bleus, Deschamps expliquait que «l’Allemagne a l’habitude de jouer des demi-finales et cette petite expérience en plus aide lorsque les matchs sont serrés». Celle qui apprend qu’on ne gagne pas des matchs en marquant des buts mais en en encaissant moins que l’adversaire. «Le jeu de l’équipe est moins esthétique cette année, mais le principal, c’est le résultat, note Lothar Matthaüs, capitaine de l’Allemagne en 1990. Par rapport aux années précédentes, c’est une équipe plus forte en défense et en Allemagne, on dit que la défense, c’est aussi la meilleure attaque.»

Tout est dit, on ne renie pas comme ça ses racines. «Nous jouons le type de football qui nous aide à gagner, enjoint le défenseur Mats Hummels. On a une défense très bien organisée parce que c’est important de bien défendre avec enthousiasme et passion.» N’allons pas jusqu’à dire que la sélection de Joachim Löw n’est plus plaisante à voir jouer. Face au Portugal (4-0), pour son premier match du tournoi, elle a allumé dans tous les sens. Et contre la France, «ce sont aussi les événements qui ont dicté son style de jeu, nuance Rohr. Quand tu mènes rapidement au score et qu’il fait chaud, tu laisses l’autre équipe faire le jeu. Ils se sont bien adaptés aux circonstances.» Choisir la manière dont on gagne, ça ressemble à un luxe de futur champion du monde.