Wimbledon: Alizé Cornet, un sacré caractère en voie de guérison?

TENNIS La Française, qualifiée pour les huitièmes de finale, est réputée pour son implication émotionnelle sur le court…

Julien Laloye

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Alizé Cornet après sa victoire face à Serena Williams, le 28 juin 2014 à Wimbledon.
Alizé Cornet après sa victoire face à Serena Williams, le 28 juin 2014 à Wimbledon. — Joe Toth/SIPA

Pas un soupir ou un râle de mécontentement. Pas même un juge de ligne pris à partie, ni d’autodénigrement virulent sur un coup droit saccagé. Ou alors discret. Ceux qui ont assisté à la victoire d’Alizé Cornet contre Serena Williams sur le Centre Court n’ont pas reconnu la Française. «On l'a sentie très sereine dans les moments importants, dans la gestion des émotions qui peuvent surgir au cours d’un match», juge Alexandra Fusai, responsable du haut niveau chez les filles. Un compliment qui n’a pas souvent accompagné la carrière de la Niçoise.

«Canaliser cette volonté afin de s’en servir pour elle, pas contre elle»

D’aussi loin qu’on s’en souvienne, la 24e joueuse mondiale a toujours été comme ça: râleuse, émotive, attachante, parfois agaçante, capable de s’écrouler en pleurs pour une histoire de balle mal jugée ou de pourrir son coach depuis sa chaise à cause d’un match mal embouché. «Alizé sait que la gestion mentale est aussi importante pour une athlète de haut niveau qu’un bon coup droit ou un super physique, plaide Fusai. Il faut qu’elle parvienne à canaliser cette volonté afin de s’en servir pour elle, et pas contre elle. Mais ça fait partie de ses vertus, qui font d’elle une formidable combattante, d’une rare constance dans sa tête et dans son intensité.»

Touché. Cornet, passée déjà par plusieurs carrières en une -11e mondial à 19 ans, à peine top 100 deux ans plus tard- possède une capacité de résilience hors du commun. Plus forte ou moins forte que celle d’en face, dans un bon ou un mauvais jour, elle ne lâche jamais rien. Son sens du combat au long cours -trois matchs en trois sets depuis le début de Wimbledon- démonte tous les stéréotypes qui circulent sur les joueurs français et leur goût supposé du sacrifice. Ne manquait qu’un déclic contre Serena et une première qualification pour les huitièmes de finale d’un Grand Chelem depuis 2009 pour relancer la bête, déjà tout près du jackpot l’an passé contre Azarenka à Roland-Garros et à l’US Open.

Prête à faire des efforts sur son attitude

«Avec cette victoire, Alizé doit se dire qu’il n’y a pas de limites, se mettre dans cette culture du «tout est possible» l’encourage Fusai. Eugénie Bouchard (sa prochaine adversaire, ndlr) est une fille qui prend la balle tôt, mais à condition de ne pas reculer, elle a les moyens de la battre et d’aller plus loin.» Nul doute, alors, que les CV d’entraîneur afflueront sur le bureau de Sébastien, son frère et agent. Georges Goven, le dernier à s’y être collé, a claqué la porte en mars, agacé par les sautes d’humeur de la jeune fille. «J’étais prête à faire un effort sur mon attitude, mais il n’a pas voulu me donner de deuxième chance, regrettait Cornet. J’ai du caractère mais je ne voudrais pas montrer uniquement cette image de moi.» Elle est sur le bon chemin.