Equateur-France: Le Maracanã, c’était mieux avant?

FOOTBALL Les Bleus jouent dans le stade mythique de Rio ce mercredi…

Corentin Chauvel

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L'intérieur du Maracanã de Rio rénové, en mai 2013.
L'intérieur du Maracanã de Rio rénové, en mai 2013. — F.DANA/AP/SIPA

De notre correspondant à Rio de Janeiro

La dernière fois que l’équipe de France a foulé la pelouse du Maracanã, c’était il y a trente-sept ans pour un match amical contre le Brésil. Menés 2-0, les Bleus sont finalement revenus à 2-2 devant plus de 80.000 spectateurs qui en paraissaient 130.000 à Bernard Lacombe. C’était une autre époque, dans ce stade mythique et monumental de Rio construit pour la Coupe du monde 1950.

Certes, l’enceinte dans laquelle va évoluer l’équipe de France de Didier Deschamps reste la même, mais l’ambiance est bien différente de celle qu’ont connue ses aînés. Quand on demande aujourd’hui aux Cariocas qui fréquentent le Maracanã ce qu’ils pensent de leur stade complètement rénové pour le Mondial, une réponse revient en chœur: «Sem graça» («sans charme»).

Stade de football et centre d’examens

Parmi ceux-là, il y a Ricardo Freitas, professeur de communication et spécialiste des méga-événements sportifs à l’Université de l’Etat de Rio de Janeiro. «J’ai 51 ans et je connais le "vrai" Maracanã depuis l’âge de 5 ans, quand mon père m’a emmené voir une finale du championnat entre Vasco da Gama et Fluminense, un moment que je n’oublierai jamais», raconte-t-il à 20 Minutes. «A l’époque, la ville entière vibrait pour les matchs du Maracanã, c’était un moment heureux avec beaucoup de spectateurs», poursuit-il.

Ci-dessous, le Maracanã avant rénovation, en 2009:

Une époque où l’on s’asseyait à même le béton, serrés les uns contre les autres pour un événement définitivement populaire. «Il y avait cette mixité propre au Brésil, de pauvres et de riches, réunis au nom de la beauté du football», décrit Ricardo Freitas. Dans cet «ancien» Maracanã, où l’entrée était gratuite pour tous à la mi-temps de chaque match si le stade n’était pas plein, on n’y faisait pas que jouer au football. «J’y ai aussi passé beaucoup d’examens dans les tribunes», se souvient l’universitaire.

Un nouveau Maracanã standardisé

Mais au fil des années, le Maracanã s’est retrouvé dans un état de décadence physique rendant nécessaire une complète rénovation pour le Mondial. «Il y avait des problèmes d’infrastructure, le stade avait besoin de changement», estime l’ancien international brésilien Zico, meilleur buteur du Maracanã (333 buts en 435 matchs), auprès de 20 Minutes. Mais pour Ricardo Freitas, les exigences de la Fifa, parfois bonnes, notamment pour ce qui est de l’accessibilité et de la sécurité, ont achevé de standardiser un stade qui a perdu son aspect populaire.

«Le nombre de places a été réduit [de plus de 170.000 à près de 80.000] et la dynamique de convivialité a changé, l’effervescence n’est plus la même», déplore l’universitaire. Selon lui, «la mémoire de tous les matchs qui se sont passés ici sera toujours là, mais la personnalité autrefois très forte du Maracanã, icône de Rio avec le Christ Rédempteur et le Pain de Sucre, a disparu et il n’est plus qu’un stade identique à tous les autres».

Un avis qui n’est pas partagé par Zico, pour qui l’enceinte «est toujours aussi belle qu’avant»: «La manière de vivre un match de football a changé et le Maracanã répond désormais à cela car il est plus confortable et plus sécurisé». «Tous les grands joueurs brésiliens sont partis à l’étranger, les matchs avec 100.000 ou 200.000 spectateurs, c’était jusque dans les années 1980, la moyenne de ces dernières années est plutôt de 15.000 spectateurs», souligne-t-il. Le prix prohibitif des billets pour le supporter brésilien de base désormais pratiqué –même en dehors du Mondial– ne devrait pas aider à le remplir beaucoup plus à l’avenir. Et Ricardo Freitas de conclure: «Il y aura toujours des émotions au Maracanã, je ne dis pas qu’elles n’en valent pas la peine, mais elles sont différentes aujourd’hui.»