Mondial 2014: Les Samurai Blue du Japon armés pour leur 5e Coupe du monde

COUPE DU MONDE Le football japonais, qui n'a eu sa première ligue professionnelle qu'en 1993, a mûri à vitesse grand V...

Mathias Cena

— 

Alberto Zaccheroni, le coach italien, dirige l'entraînement de l'équipe nationale japonaise, à Clearwater, Floride, le 6 juin 2014.
Alberto Zaccheroni, le coach italien, dirige l'entraînement de l'équipe nationale japonaise, à Clearwater, Floride, le 6 juin 2014. — NEWSCOM/SIPA

De notre correspondant à Tokyo,

Depuis quelques semaines, le sanctuaire shinto de Nihonjinja ne désemplit pas. Selon le prêtre en chef du lieu, les supporters de l’équipe nationale du Japon prennent d’assaut ce lieu situé à 80km de Tokyo afin de prier pour la victoire des Samurai Blue.

Plus qu’un doute sur les chances brésiliennes des Japonais, c’est le signe d’un réel engouement de la part d’une nation qui, longtemps, n’a eu d’yeux que pour le baseball. La J-League, la ligue professionnelle de football, n’a été créée qu’en 1993, à une époque où le public japonais des stades observait avec des yeux ronds la virulence braillarde des supporters des autres continents. «Peut-être devrions-nous être un tout petit peu moins Japonais», disait un guide du supporter des Urawa Red Diamonds, basée près de Tokyo.

Arsène Wenger: «J’ai dû leur apprendre à penser par eux-mêmes»

Sur les terrains non plus, les choses n’allaient pas de soi. Arsène Wenger, qui a entraîné l’équipe de Nagoya pendant dix-huit mois entre 1995 et 1996, se souvient à ses débuts nippons «d’un mur» entre lui et les joueurs. «Le savoir-faire que j’avais accumulé en Europe ne me servait à rien ici», a écrit l’entraîneur français dans un livre publié au Japon. A l’entraînement, quand ils avaient le ballon, ils hésitaient, «ils voulaient des instructions spécifiques de ma part. Mais le football, ce n’est pas le football américain, où les entraîneurs peuvent donner des instructions dans les écouteurs des joueurs. J’ai dû leur apprendre à penser par eux-mêmes.»

Depuis, le ballon rond a fait son chemin dans l’Archipel. En 1998, les Samurai Blue ont disputé leur tout premier match d’une phase finale de Coupe du monde en 1998. C’était au Stadium de Toulouse, contre l’Argentine. Seize ans et deux qualifications pour les 8es de finales plus tard, l’état d’esprit aussi a changé et Keisuke Honda, l’une des stars de l’équipe, n’hésite pas à rêver tout haut à la victoire. «Je vais jouer comme si c’était ma dernière Coupe du monde», lance l’attaquant de l’AC Milan, plus samouraï qu'Olive et Tom.

Le freestyler Kotaro Tokuda montre ses talents dans cette publicité pour des nouilles instantanées filmée au Brésil

 

Les 23 Nippons doivent s’envoler ce vendredi pour Recife, lieu de leur première rencontre de ce mondial, contre la Côte d’Ivoire. Samedi (à 3h du matin dans la nuit de samedi à dimanche pour la France), le match entre les Samurai Blue et les Eléphants sera un de ces affrontements «physique contre technique», comme aiment à le rappeler les Japonais lorsqu’ils affrontent une équipe non-asiatique.

Equipe «bien équilibrée»

Face à l’expérience ivoirienne (Didier Drogba a 36 ans, Didier Zokora 33 et Yaya Touré, incertain à cause d’une blessure, 31 ans), les Japonais opposeront une relative «fraîcheur» dans leur effectif, qui n’est pas à l’abri de certains aléas. L’équipe est «bien équilibrée», pense leur coach Alberto Zaccheroni, «mais on doit travailler sur le marquage individuel». Si l’attaque des Samurai s’est affutée sous la houlette de leur entraîneur italien, la défense, parfois faiblarde, devra se muscler face aux Eléphants.

«Pendant quatre ans, je leur ai dit que chaque joueur doit couvrir le terrain, et que les milieux et les avants doivent aussi défendre, poursuit l’ancien coach de l’AC Milan. Ils doivent être responsables collectivement s’il y a une erreur.» Et se permettre de croire ensemble à la victoire.