Roland-Garros 2014: Maria Sharapova, la fille qui n’aimait pas la terre battue

TENNIS La Russe, allergique à l’ocre au départ, est devenue la meilleure joueuse du monde sur cette surface…

Julien Laloye

De notre envoyé spécial à Roland-Garros,

Et dire qu’au début elle détestait ça. Enfin, ce n’est même pas qu’elle détestait. La terre battue, Sharapova ne savait pas ce que c’était. Née au tennis sur dur, dans l’usine à champions de Nick Bollittieri, la Russe a découvert les joies de l’ocre sur le tard. Mais alors sur le très tard. «Ce n’est pas naturel pour moi de jouer sur cette surface, je ne suis pas Rafael Nadal. Je n’ai pas grandi dessus, pas appris à jouer avec, il a fallu que je fasse ce travail toute seule.» Quand on lui fait la réflexion que Roland-Garros est le seul Grand Chelem qu’elle ait remporté à deux reprises, la 8e joueuse mondiale –avant le tournoi- ne peut s’empêcher de sourire. «Si on m’avait dit au début de ma carrière Roland-Garros serait le premier Grand Chelem que je gagnerais deux fois, je pense que j’aurais dit à la personne concernée de me prendre une cuite avec moi !»

«Pas sûre d’avoir le physique pour durer»

C’était spécialement vrai il y a dix ans, quand déboulait une jeune fille longiligne capable d’allumer la mèche de partout en fond de court. Mais en cinq ou six coups de raquette. Cela suffit pour gagner Wimbledon (2004), l’US Open (2006), et l’Open d’Australie (2008), mais pas plus. A Paris, Sharapova arrache plusieurs fois une place en quarts ou en demies sur le talent, mais elle est incapable de tenir le choc physiquement sur la quinzaine. «Ce n’est pas que je n’aimais pas cette surface. C’est même la plus instructive pour apprendre la construction d’un point. Et j’ai beaucoup appris avec les années. Mais je ne me sentais pas à l’aise. J’avais l’impression qu’il fallait que je finisse les points et les matchs rapidement lors des premiers tours car je n’étais pas sûr d’avoir le physique pour durer».

20 victoires de rang sur les matchs en trois manches

Une réalité qui a bien changé en trois ans. Hors Serena Williams quand ça lui chante, Sharapova est devenue la meilleure joueuse de terre battue au monde depuis qu’elle a appris «à ne plus se déplacer comme une vache sur une patinoire». Trois finales à Roland pour deux victoires, et une série en cours hallucinante de 20 victoires d’affilée dans les matchs en trois sets sur terre. Simona Halep a eu beau faire durer le suspense -3h02 de combat, à deux petites minutes du record pour une finale dames- elle ne pouvait pas lutter.