Coupe de la Ligue/PSG-OL: Le doute du buteur, ce sentiment qui pollue Edinson Cavani

FOOTBALL L’attaquant du PSG manque de confiance...

Propos recueillis par Romain Baheux et Soufiane Naaimi
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Edinson Cavani lors du match contre Chelsea le 8 avril 2014.
Edinson Cavani lors du match contre Chelsea le 8 avril 2014. — SIPANY/SIPA

Contre Chelsea, il a été désigné comme l’un des responsables de l’élimination en Ligue des champions du PSG. A Lyon dimanche, il n’a pas été cet avant-centre capable d’éviter la deuxième défaite de son équipe en championnat. Titularisé en pointe en l’absence de Zlatan Ibrahimovic, Edinson Cavani incarne les difficultés actuelles du club parisien, opposé à l’OL samedi en finale de la Coupe de la Ligue. Mais que ressent un buteur en plein doute? Analyse avec un ancien avant-centre, un entraîneur et un psychologue du sport.

Comment le doute naît?

Laurent Leroy, ancien attaquant du PSG: «A partir de trois-quatre matchs sans marquer, il commence à apparaître. Certains rencontres sont encore plus propices que d’autres pour plonger un buteur dans le doute. L’occasion que Cavani rate au match retour contre Chelsea aurait pu le relancer s’il l’avait marqué. Là, il rate son duel, on reparle de ça et lui y repense encore plus.»

Jacques Crevoisier, ex-entraîneur adjoint de Liverpool et consultant pour Canal+: «Il ne faut pas parler de perte de confiance, ça ne veut pas dire grand-chose et ça ne vient pas tout seul. Les raisons de ce doute peuvent être des événements personnels, des problèmes physiques ou un rendement collectif plus faible. Tous les attaquants du monde le connaissent, c’est logique. En 2001, Michael Owen a remporté le Ballon d’Or mais il est aussi resté dix matchs sans marquer.»

Sébastien Magne, psychologue du sport: «Les problèmes sont multiples dans son cas. Les joueurs du PSG avaient deux objectifs cette année, la Ligue des champions et la Coupe du monde. Maintenant que Paris est éliminé de la C1, il pense déjà au Mondial. Il fait passer son objectif personnel avant l’intérêt collectif.»

Comment on le vit

L.L.: «On demande le moins possible le ballon. On est fébrile: une occasion, on l’aborde en se disant «il faut que je la mette, il faut que je la mette». Si on la rate, on est inexistant pendant le reste de la rencontre. On appréhende aussi la réaction du public. Samedi, certains supporters parisiens peuvent siffler Cavani s’il rate son premier ballon.»

J.C.: «Le pire, c’est quand cela s’installe petit à petit à cause de plusieurs occasions ratées. La fois suivante, il aura ce fameux trou noir en arrivant devant le gardien et ne saura pas sortir le bon geste. Certains joueurs peuvent se cacher mais les grands joueurs vont toujours préférer se montrer et rater, même s’ils ne sont pas bien.»

S.M.: «Quand il se retrouve devant le but, il y a de l’incertitude. Ce n’est pas anodin si Cavani plonge pour chercher le penalty contre Lyon. Il a préféré faire ça car il pensait avoir plus de chance de marquer de cette manière. Il y a quelques mois, il aurait tiré ou se serait battu pour marquer. C’est symbolique de l’anxiété. Il va sous-estimer ses capacités face aux menaces et surestimer le danger.»

Comment on le soigne?

L.L.: «Des équipiers peuvent remettre en confiance en offrant des possibilités simples de marquer. Des cadres peuvent aussi parler du problème avec le buteur pour que cela passe. On peut aussi reprendre un peu de confiance à l’entraînement. Le stress n’est pas le même qu’en match mais y être bon, c’est une manière de retrouver un peu d’estime de soi.»

J.C: «Lui faire tirer un penalty pour qu’il le marque n’est pas la solution miracle. On ne va pas crier au génie s’il le met alors que son équipe gagne 3-0. Ce n’est pas non plus en travaillant huit heures par jour la technique devant le but qu’un problème mental va se régler. Un entraînement particulier peut faire plus de mal que de bien. Il faut effectuer une analyse précise de la cause de ce doute pour trouver le remède.»

S.M.: «Il faut trouver des objectifs pour lui faire changer ce qui ne va pas. Dans ce contexte, le soutien est essentiel. Le joueur a besoin de ses proches mais également de l’entraîneur et des membres du staff. Il ne faut surtout pas l’enfoncer encore plus, cela n’arrangerait pas la situation.»