Paris-Roubaix: Le spectateur, meilleur ennemi du peloton

CYCLISME Les chutes et les accidents se multiplient durant les courses…

Antoine Maes
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Fabian Cancellara et Sep vanmarcke au milieu du public sur le Paris-Roubaix 2013.
Fabian Cancellara et Sep vanmarcke au milieu du public sur le Paris-Roubaix 2013. — LIONEL BONAVENTURE / AFP

«Ne courez-pas à côté des coureurs!» Cette phrase, vous l’avez sans doute entendue un million de fois sortir de la bouche des commentateurs. Au point d’en sourire, avouez-le. Mais alors que plus d’un million de spectateurs sont attendus dimanche le long du Paris-Roubaix, c’est aussi une réalité: le peloton se méfie énormément du public. Le problème, c’est que la réciproque n’est pas souvent vraie.

Le grave accident dont a été victime une spectatrice du Tour des Flandres, percutée de plein fouet par le Belge Vansummeren, en est la preuve. «Ce genre d’accident est totalement évitable si on a des gens sensés sur le bord de la route, peste Pascal Chanteur, le président de l’UNCP, le syndicat des coureurs. Il y a une enquête de police, c’est totalement normal. Mais là où je suis plus nuancé c’est sur le fait de dire que le coureur pourrait être suspecté de coups et blessures involontaires».

«Avec les réseaux sociaux, tout le monde veut faire une photo insolite»

Retiré du peloton, Cédric Vasseur, aujourd’hui consultant pour beIN Sport et France Télévisions, se souvient encore de «ces poussettes avec des bébés de deux ans dedans sur la route». Pour lui, il n’y a pas forcément plus de chutes qu’avant. Mais le public, lui, n’est plus le même. «Comparez les images du Tour des Flandres 1995 et celles d’aujourd’hui: le public est beaucoup plus important. Et avec les réseaux sociaux, tout le monde veut faire une photo insolite. Ils se déportent sur la route, mais quand ils ont l’œil dans la photo, ils n’arrivent pas à évaluer la vitesse à laquelle le peloton approche».

Il y a quelques jours, l’image de ce photographe allongé au milieu de la chaussée sur Gand-Wevelgem a d’ailleurs choqué. Un nouveau comportement qui a poussé l’UNCP a tiré la sonnette d’alarme dans un communiqué envoyé jeudi après-midi. «Notre terrain de jeu, c’est exclusivement la voie publique, reprend Pascal Chanteur. Contre la connerie humaine, on ne peut rien? Sur un Grand Prix de moto, il n’y a pas de spectateurs dans les virages, que je sache Qu’est-ce qu’on veut? Des barrières sur 200 kilomètres?».

C’est déjà le cas d’un secteur comme la Tranchée d’Arenberg, balisé tout du long pour éviter au public d’envoyer voler les coureurs. «Le contact du public est à la fois nécessaire pour la beauté de ce sport. Mais le cyclisme sans chute n’existera jamais, il ne faut pas rêver», souligne Cédric Vasseur. Sans spectateur, certains ne seraient tout de même pas contre.