Tour des Flandres: Quatre ans après, le vélo électrique est-il toujours une légende du peloton?

CYCLISME Alors que se profile le Tour des Flandres, dimanche…

Antoine Maes

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Cancellara sur les routes de Paris-Roubaix, le 11 avril 2010. 
Cancellara sur les routes de Paris-Roubaix, le 11 avril 2010.  — AFP Photo

Il y a le monstre du Loch Ness, le Triangle des Bermudes, la Zone 51 et le Yéti. Mais au rayon contes et légendes, le vélo n’est pas en reste. Son serpent de mer préféré? Le vélo électrique. Une vieille rumeur réchauffée de temps à autre par les soupçons. En 2010, Fabian Cancellara est accusé d’avoir remporté le Tour des Flandres grâce à une dynamo dans son cadre. En janvier dernier, Danilo Di Luca, multirécidiviste du dopage, assure que le fléau ronge le peloton «depuis cinq ou six ans».

Le sujet est pourtant déjà évoqué en… 1979, dans un reportage toujours disponible sur l’INA. En 2014, peut-on décemment imaginer un dispositif électrique glissé dans le cadre du vélo d’un Boonen, d’un Vanmarcke ou d’un Sagan? «Pour moi, c’est réalisable, assure Jérôme Kowalski, mécano de l’équipe Roubaix-Lille-Métropole, une formation Continentale. Je pense qu’il y a des gens qui ont travaillé là-dessus, cachés, forcément. Aujourd’hui, on en fabrique des vélos électriques pour le civil. C’est beaucoup plus grossier, mais le système est le même», souffle-t-il.

«Booster sur une période de trois ou quatre secondes, pour sortir du peloton par exemple»

Attention tout de même: hors de question d’imaginer une bécane qui pédalerait toute seule pendant 250 kilomètres. «Un coureur qui développe 500 ou 550 watts, il ne lui faut pas une grande assistance, par rapport à une mémé de 60 ans. Il faut juste développer un boîtier pour booster sur une période de trois ou quatre secondes, pour sortir du peloton par exemple», reprend Kowalski. En glissant le dispositif dans le cadre, il n’y a en effet rien d’insurmontable, comme l’a prouvé récemment une émission sportive néerlandaise, qui a fait tester l’engin à Michael Boogerd sur les monts des Flandres.

De là à révéler une pratique répandue dans le peloton, il y a une marge. Depuis 2010, l’UCI passe plus ou moins régulièrement certains vélos au scanner après les courses, sans avoir pris personne pour le moment. Et ce n’est pas un hasard, selon Cyrille Guimard, vieux routier du peloton et consultant pour RMC. «Les contrôles, contrairement à ce qu’on peut penser, il n’y en a pas. Il y en a eu sur l’affaire Cancellara, quelques-uns derrière, mais depuis on en fait plus. Et pour Cancellara, c’est la première fois qu’on perd le vélo du vainqueur! On l’a retrouvé 4 mois après par hasard dans un camion.»

«Je suis persuadé que ça a existé»

L’ancien directeur sportif de Bernaurd Hinault et de Laurent Fignon a d’ailleurs assez peu de doutes: «Je suis persuadé que ça a existé. Mais c’est un peu plus compliqué aujourd’hui, à partir du moment où quelque chose a été éventé, derrière vous ne vous en sortez pas médiatiquement. A la limite, c’est pire que de prendre des amphet», sourit Cyrille Guimard. Pour lui, «c’est pratiquement écrit: il y aura des compétitions spécifiques pour les vélos hybrides, comme on a du sport auto avec des moteurs hybrides». D’ici là, on aura peut-être retrouvé le monstre du Loch Ness.