Procès Pistorius: Un expert contredit sa version grâce à la porte des toilettes

JUSTICE L'athlète affirme avoir remis ses prothèses avant de défoncer la porte...

avec AFP

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Oscar Pistorius prend des notes lors de son procès, à Pretoria le 11 mars 2014
Oscar Pistorius prend des notes lors de son procès, à Pretoria le 11 mars 2014 — Kevin Sutherland POOL

Témoin muet au procès d'Oscar Pistorius, la porte des WC à travers laquelle il a tiré en 2013, tuant sa petite amie, risque de lui porter préjudice, car un expert chargé de l'examiner a tiré mercredi des conclusions contredisant en partie l'accusé.

Le colonel Gerhard Vermeulen, un expert de la police scientifique sud-africaine, a affirmé que le champion double amputé, sextuple médaille d'or paralympique, était sur ses moignons lorsqu'il a défoncé la porte avec une batte de cricket.

La défense soutient qu'il avait remis ses prothèses.

«La marque correspond logiquement au fait qu'il n'avait pas ses prothèses»

Pistorius affirme s'être rué dans sa chambre après avoir tiré, pensant faire feu sur un cambrioleur. «Lorsque j'ai atteint le lit, j'ai réalisé que Reeva n'y était pas, et c'est à ce moment que je me suis rendu compte que cela pouvait être Reeva qui était dans les toilettes», avait-il affirmé lors de sa première déposition après les faits.

Là, il affirme avoir remis ses prothèses, pour revenir défoncer la porte des toilettes avec la batte, un objet souvenir portant les signatures de plusieurs vedettes de ce sport très populaire en Afrique du Sud.

Derrière la porte se trouvait Reeva Steenkamp, la top-modèle de 29 ans, tuée de quatre balles.

Mais si les marques retrouvées sur la porte apportent «la preuve irréfutable qu'une batte de cricket avait été utilisée pour défoncer la porte», l'expert a expliqué que compte tenu de la hauteur des traces de batte sur la porte, si Pistorius, un double amputé, avait frappé de toute sa hauteur, debout sur ses prothèses, cela aurait été «très inconfortable».

Des mesures ont ensuite été prises à l'audience, à l'aide d'un mètre ruban, pour vérifier la position dans laquelle Pistorius aurait dû logiquement se trouver pour tenter d'ouvrir la porte en frappant dessus puis en tournant la batte pour faire céder le panneau.

«La marque correspond logiquement au fait qu'il n'avait pas ses jambes (prothèses ndlr)», a ajouté le colonel Vermeulen. «Ce n'est pas naturel si je suis debout.»

L'avocat de la défense contredit l'expertise

«Ce n'est pas naturel... pour vous!», a rétorqué l'avocat de la défense Barry Roux, avant de lui demander de se livrer à une expérience et de simuler les coups sur la porte devant la juge. «Toutes les marques correspondent même debout», a-t-il ensuite clamé, satisfait.

«Oui, à condition d'être penché dans une position non naturelle», a insisté l'expert.

L'avocat a tenté de lui faire admettre que Pistorius n'aurait pas pu défoncer la porte debout sur ses moignons sans perdre l'équilibre, l'invitant à faire l'essai sur les genoux.

«Si j'avais grandi sans mes jambes se serait une autre histoire...», a rétorqué l'expert, après s'être prêté au jeu. «S'il avait suffisamment d'équilibre pour tirer (sur ses moignons), je soupçonne qu'il en avait assez pour frapper la porte avec la batte de cricket.»

Le seul point sur lequel l'expert et la défense sont tombés d'accord est le moment où la porte a été défoncée: «après les tirs», a dit le colonel Vermeulen, joignant le geste à la parole et désignant un des impacts du calibre 9 mm: «Il fallait qu'il y ait déjà un trou dans la porte pour qu'elle puisse casser à cet endroit», a-t-il dit.