William Nuytens : «Les deux publics se ressemblent»

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William Nuytens, maître de conférence au Staps de Liévin, auteur de La popularité du football : sociologie des supporteurs à Lens et à Lille.

Samedi aura lieu le derby du Nord entre Lens et Lille (20e journée de L1). Quelles sont les différences entre les deux publics ?

A Lens, le public est populaire et indéfectible. A Lille, il est plus volatile est moins nombreux. Mais sociologiquement, ils se ressemblent beaucoup. Ce sont deux publics très hétérogènes, masculins et jeunes. En fait, la différence se situe au niveau de l'identité qui a été donnée par les dirigeants.

L'identité des supporteurs est factice ?

Ce qui s'est passé à Lens est un tour de force. On a réussi à confondre l'histoire du bassin minier avec celle du club. Aujourd'hui, plus personne ne va à la mine. Mais on continue de véhiculer cette idée.

Cela explique-t-il le fait que les fans lensois soient plus nombreux ?

Au niveau de l'offre d'occupation du temps libre par exemple, entre Lille et Lens, c'est le jour et la nuit. Et dans l'Artois, les sections de supporteurs sont adossées à des bistrots, enracinés dans les villages. A Lille, c'est impossible : dans les grandes villes, on a une consommation moins assidue de ces endroits.

La situation peut-elle évoluer ?

Rien n'est figé. A Bollaert, l'ambiance n'est plus la même depuis quelques années. Il n'y a plus que 400 « indépendants » qui se chargent de l'ambiance. A Lille, la permanence des dirigeants et des victoires a renforcé l'identité du supporteur. Il ne manque qu'un capteur identitaire : un stade.

Recueilli par A. Maes