Victor Dubuisson, le Yannick Noah que la France du golf attendait

GOLF Le Cannois, finaliste du championnat du monde de match-play, porte les espoirs de son sport…

Antoine Maes

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Le golfeur français Victor Dubuisson, en juin 2013, à Saint-Quentin-en-Yvelines.
Le golfeur français Victor Dubuisson, en juin 2013, à Saint-Quentin-en-Yvelines. — MEUNIER AURELIEN/SIPA

Pour vous, l’albatros est un oiseau? Un bunker est une vilaine construction en béton sur une plage du Nord? Un foursome un de vos fantasmes? Vous êtes donc à l’image de l’immense majorité de la population française: un ignorant du golf. Mais vous allez sans doute devoir vous y mettre. A bientôt 24 ans, le Français Victor Dubuisson, déjà installé dans les 30 meilleurs mondiaux, vient de boucler les championnats du monde de match-play à la 2e place, après avoir vaincu en demi-finale un taulier du circuit, Ernie Els.

La dernière fois qu’un Français a fait autant parler de lui, Jean Van de Velde noyait ses espoirs de Grand Chelem dans un marigot du British Open 1999. 15 ans plus tard, voici donc Victor Dubuisson. «Il peut être dans le top 10 en vitesse de croisière, et pourquoi pas n°1 mondial parfois», assure Stéphane Damiano, son premier entraîneur.

«A 10 ans, on voyait déjà qu’il était déjà dans les meilleurs jeunes d’Europe»

Il l’a vu débarqué à 8 ans sur un green, dans le sillage de son grand-père: «Il a accroché comme ça, tout bêtement. A 10 ans, on voyait déjà qu’il était déjà dans les meilleurs jeunes d’Europe. Mentalement je ne lui mettais pas de limite, pour lui enlever dès le début les complexes qu’on peut mettre dans la tête des jeunes: je lui disais qu’il pouvait battre Tiger Woods».

C’est chose faite depuis octobre dernier, lors d’un tournoi à Antalya où il s’offre le maître absolu. Neveu du basketteur international Hervé Dubuisson, le Cannois est plus qu’une révélation. Dans un pays dont la dernière victoire en Grand Chelem remonte à… 1907, il peut devenir «notre Yannick Noah, assure Stéphane Damiano. C’est comme un gosse qui s’identifierait à Zidane, là il y en a peut être pleins qui  vont s’identifier à Dubuisson. Il y a une pyramide qui devrait s’élargir, si on communique dessus.»

«Ce qui lui plait ce n’est pas de parler dans les médias, c’est de jouer au golf»

La fédération française de golf l’a bien compris, elle qui a arraché l’organisation de la Ryder Cup 2018, et qui souhaite faire passer son nombre de licenciés de 422.000 (en 2012) à un millions dans les 10 ans. «Il faut en finir avec cette peur de pousser la porte d’un club house. Beaucoup trop de gens pensent que les golfs sont des endroits privés et qu’il n’y ont pas accès», lançait au Figaro Jean-Lou Charon, le président de la fédération française de golf, il y a un an, lors de son intronisation.

Aujourd’hui, Victor Dubuisson «peut nous permettre, avec d’autres dans son sillage, de mieux faire connaître notre sport», expliquait-il récemment à Slate.fr. Encore faudrait-il que le bonhomme soit un peu plus qu’un excellent golfeur. Car devenir le produit d’appel du golf tricolore, ce n’est pas encore exactement son truc. Faire la retape de son sport dans les médias? «Il n’est pas très à l’aise là-dessus, reprend Stéphane Damiano. Il a fait quelques gaffes quand il était plus jeune, ça l’a un peu braqué. Ce qui lui plait ce n’est pas de parler dans les médias, c’est de jouer au golf». Mais mieux que tous les Français avant lui, ce qui reste l’essentiel.