Sotchi 2014: Marie Martinod, l’ex-barmaid à la conquête de l’or olympique

SKI HALF-PIPE Après un break de sept ans pendant lequel elle tenait un bar de nuit, la free-styleuse relève le défi des Jeux…

Romain Scotto

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La spécialiste française du ski half-pipe, Marie Martinod, lors d'une compétition à Copper Mountain le 19 décembre 2013
La spécialiste française du ski half-pipe, Marie Martinod, lors d'une compétition à Copper Mountain le 19 décembre 2013 — DOUG PENSINGER / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

De notre envoyé spécial à Sotchi (Russie),

«Cork 5 Tale, Unmate cork 5 mute, Mc twist tale, alley oop 180, cork 900 safety et unnatural mc twist». Un café et l’addition. Pas de doute, Marie Martinod est dans son élément quand elle récite son «run» parfait, avant l’épreuve de ski half-pipe, jeudi soir. La Française qui découvre les Jeux à 29 ans, rêve d’une médaille à Sotchi, deux ans seulement après avoir repris le ski et mis fin à un break de sept saisons. Pour comprendre l’histoire de cette jeune femme rebelle et pétillante, il faut remonter aux prémisses du ski free-style, au milieu des années 90. Et prendre un peu de temps. «Quand elle se met à parler, ça peut prendre des heures», se marre Thomas Krief, l’un de ses acolytes en équipe de France.

Alors Marie Martinod va directement à l’essentiel et évoque ce jour où elle faisait ses courses chez elle à Aime dans la vallée de la Tarentaise. C’est là qu’elle croise par hasard son coach de toujours, Grégory Guénet, «mais pas au rayon pinard, à la caisse.» Elle lui annonce alors son intention de revenir à la compétition, avec un seul objectif en tête: Sotchi. «En sachant que ma discipline allait être aux JO, je ne voulais pas les regarder à la télé. Je ne voulais surtout pas avoir de regrets. Il fallait tenter».

«On s’est ruiné, mais je ne regrette pas, on a passé des années folles»

«Je la connaissais comme une fille travailleuse, bornée, avec un sale carafon, indique le coach. Mais c’est ce qui fait qu’à 30 balais, elle est venu mettre un coup de pompe au cul à des nanas qui ont 22 ans. Je me suis dit, il y a moyen d’y arriver.» Du jour au lendemain, elle se retrouve donc sur le circuit de Coupe du monde, délaissant le «Code bar», cet établissement de La Plagne ouvert avec son «chéri» sept ans auparavant. Un job éreintant qui l’occupait jour et nuit. «Tu dors moins, tu stresses. Tu travailles comme un acharné mais ça ne marche pas forcément. Même si t’as du monde, à la fin tu tires le trait et t’as trop de charges. Tu n’y arrives pas. On s’est ruiné, mais je ne regrette pas, on a passé des années folles.»

Pendant tout ce temps, Marie Martinod n’a pas beaucoup vu la neige: «La première saison, on avait la tête dans le guidon H24, la deuxième pareil, la troisième j’étais enceinte, après j’ai eu un accident de voiture.» Et tout un hiver passé en rééducation afin de retrouver l’usage de son avant-bras gauche. Avec un peu de recul, le retour sur les skis reste un drôle de souvenir: «Je me suis sentie lourde, empotée. J’avais vieilli quoi, avec une hygiène de vie pas sensationnelle entre temps», souffle la free-styleuse, fan absolue de la mode des pin’s qui sévit à Sotchi. Pour l’heure, elle en compte une bonne vingtaine sur le cordon de son accréditation. Mais aux Jeux, c’est un autre métal, un peu plus lourd, qu’elle rêve de porter autour du cou.