«Platini veut sauver la biodiversité du football»

Propos recueillis par Stéphane ALLIES

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Déjà, à l'issue du comité exécutif mardi et mercredi, Michel Platini avait donné le ton: "Le G14 n'a aucune légitimité". "Le G14 va là où est l'argent. Les grands clubs veulent toujours plus. Pour eux, le sport est un moyen de faire du +fric+. On n'a pas la même philosophie du sport", avait ajouté l'ancien capitaine et sélectionneur de l'équipe de France.
Déjà, à l'issue du comité exécutif mardi et mercredi, Michel Platini avait donné le ton: "Le G14 n'a aucune légitimité". "Le G14 va là où est l'argent. Les grands clubs veulent toujours plus. Pour eux, le sport est un moyen de faire du +fric+. On n'a pas la même philosophie du sport", avait ajouté l'ancien capitaine et sélectionneur de l'équipe de France. — Attila Kisbenedek AFP

Directeur de l’Institut des relations internationales (Iris), Pascal Boniface (auteur de «Géopolitique du football» - Seuil) revient sur les propositions radicales de Michel Platini, dont la campagne électorale pour la présidence de l’UEFA entre dans la dernière ligne droite. Face au président sortant, Lennart Johansson, le Français mise sur un programme radical et volontariste, qu'il a rendu public mercredi.

Michel Platini peut-il gagner avec un tel programme?
Il y a clairement deux visions du football. Platini, c’est le retour à l’éthique avec une ligne : limiter le rôle de l’argent, réguler le football comme il y en a qui veulent réguler la mondialisation. Selon lui, le dopage et scandales récents du football sont une conséquence de la marchandisation croissante du football. Du coup, s’il devrait gagner en popularité chez les petites fédérations, il va se heurter au G14.
En face, Johansson est le chantre de l’immobilisme, qui est la condition de l’activisme des clubs les plus riches. Il est le candidat des puissants, et l’on ne connaît pas en outre les promesses qu’il a pu faire aux individus qui vont porter le vote de leurs pays.

Mais un programme si révolutionnaire n’est-t-il pas suicidaire?
Il peut y avoir un réflexe des puissants qui commenceraient à craindre que Johansson, à force de laisser faire, tue la poule aux œufs d’or. Et puis Platini, c’est quand même pas le retour au foot des années 70. Par exemple, il veut limiter les qualifiés en Ligue des champions à trois par pays, et pas revenir à une compétition où seuls les champions nationaux seraient présents. Il s’agit d’un réformisme intelligent, qui tend à sauver la biodiversité du football.

Le fait que Platini soit un ancien joueur a-t-il une importance?
Il ne faut pas oublier qu’il est aussi un dirigeant, organisateur de la Coupe du monde 1998 et vice-président de la Fifa. Mais ce qui joue indéniablement en faveur de Platini, c’est que son combat contre le foot à deux vitesses n’est pas nouveau, c’est un discours qu’il tient depuis longtemps. Avec ce programme, il va jusqu’au bout de ses idées et crée la surprise, non pas par la nature de ses propositions, mais par sa franchise.

Que penser du soutien de Beckenbauer à Johansson?
Il a finalement renoncé à se présenter et voit en l’opposant à Platini un pape de transition, avec qui il partage les idées. Il ne faut pas oublier que Franz Beckenbauer est dirigeant du Bayern Munich et d’Adidas en même temps. A cette vision du football conduit par l’économie, Platini oppose celle d’une économie dirigée par le football. En résumé, on peut dire que Platini reste fidèle à sa conception d’enfant amoureux du football. Et a envie justement que les enfants continuent à jouer au ballon pour le rêve que cela procure, plutôt que pour l’argent.