Record du monde à la perche: Comment Renaud Lavillenie a réalisé l’exploit

ATHLETISME Le perchiste a tout changé dans son quotidien pour arriver à casser la barre des 6,15m…

Julien Choquet
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Le Français Renaud Lavillenie, blessé à un pied à la réception d'un saut après avoir battu le record du monde de saut à la perche, samedi à Donetsk (Ukraine), est forfait pour les Championnats du monde en salle d'athlétisme, en mars, à Sopot (Pologne), selon la chaîne française BFM TV.
Le Français Renaud Lavillenie, blessé à un pied à la réception d'un saut après avoir battu le record du monde de saut à la perche, samedi à Donetsk (Ukraine), est forfait pour les Championnats du monde en salle d'athlétisme, en mars, à Sopot (Pologne), selon la chaîne française BFM TV. — Alexander Khudoteply AFP

De retour à Paris, Renauld Lavillenie est apparu très souriant en conférence de presse, malgré son plâtre et ses béquilles. Les marques d’une blessure contractée lors d’une tentative à 6m21 qui l’empêchera de participer aux championnats du monde en salle (du 7 au 9 mars) mais qui ne ternit pas sa joie après avoir battu le record du monde (6m16) de saut à la perche, samedi à Donetsk. Un record qui s’est construit durant ces deux dernières années, grâce à des choix stratégiques décisifs.

Etape 1. Le changement d’entraîneur

Depuis son changement d’entraîneur en septembre 2012 (il s’est séparé de Damien Inocencio pour s’entraîner avec Philippe d’Encausse), le perchiste français est rentré dans une nouvelle dimension et n’a cessé d’évoluer. Conscient de ses capacités, il n’a pas hésité a modifier sa méthode d’entraînement afin de continuer à progresser et d’effacer sa déception des mondiaux de Moscou en 2013 où il n’avait fini «que» second: «On a insisté pour mettre en place la course d’élan, être le plus régulier possible pour gagner en maîtrise et en transfert d’énergie. Cet été j’ai été très régulier en passant des barres que je n’avais pas l’habitude de sauter. J’ai commencé à me rendre compte que je progressais bien». Rapidement, l’entraînement a payé pour le Français: «En décembre quand j’étais en stage à la Réunion je me suis rendu compte qu’il s’était passé quelque chose. Des perches que j’utilisais auparavant avec un certain élan, j’étais obligé de les prendre avec deux à trois foulées de moins!».

Etape 2. Prendre des risques

Ce changement d’entraîneur s’est accompagné de prises de risques afin d’atteindre les sommets: «Il fallait tenter des choses pour essayer d’aller plus haut, notamment avec le choix du changement de perche. J’attendais le moment opportun pour faire le test, tout en sachant que je pouvais perdre plusieurs compétitions voire une saison». En d’autres mots, le perchiste français a pris le risque de changer de méthodes et de perche afin de viser plus haut, quitte à réaliser des contre-performances le temps de s’acclimater. Une audace qui a finalement payé rapidement, Lavillenie sautant «facilement» 6m04 à Rouen puis 6m08 à Bydgoszcz, battant au passage le record de France.

Etape 3. Réaliser le saut parfait

A Donetsk, Lavillenie a de nouveau montré de quoi il était capable, même s’il a dû «se mettre la pression pour franchir au troisième essai une barre à 6m01». Derrière, sa première tentative réussie à 6m16 rentre dans l’histoire: «J’ai réalisé la course quasiment parfaitement. Je suis allé très vite, j’étais très relâché et je me suis très vite retrouvé en train de redescendre. Pour tout vous dire, entre-temps c’est quasiment le trou noir! La grosse surprise a été de me retrouver au dessus de la barre dès le premier essai sans la toucher. Ce saut a été automatique et ça a été une grande surprise pour moi».