Sotchi 2014: Doit-on avoir peur des athlètes russes?

JEUX OLYMPIQUES Dopage, moyens démesurés, nonchalance. Les clichés sur les Russes ne sont pas forcément vérifiés…

Romain Scotto
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Les biathlètes russes, lors de leur victoire en relais à Sotchi le 10 mai 2014
Les biathlètes russes, lors de leur victoire en relais à Sotchi le 10 mai 2014 — KIRILL KUDRYAVTSEV / AFP

De notre envoyé spécial à Sotchi (Russie),

Présents dans les disciplines nordiques ou les sports de glace, les athlètes russes suscitent une certaine curiosité de la part de leurs concurrents. Sur le papier, beaucoup voient en eux une petite armée formatée pour gagner. Quels que soient les moyens à mettre en œuvre pour y parvenir…

Ils sont imbattables chez eux. A VOIR. Vladimir Poutine ayant fait de ces Jeux une cause nationale après l’échec de Vancouver (11e place au classement des médailles), il y a peu de chance que les locaux passent totalement à côté de leurs JO. La dernière fois que le pays a organisé les Jeux, à Moscou, ils avaient raflé près de la moitié des titres (80 sur 204). Au classement, le pays hôte vise officiellement un top 5, mais leurs adversaires les voient beaucoup plus ambitieux. «Les Russes ont les dents longues parce qu’ils bossent comme des tarés, ils en veulent, ils sont très fiers», observe la patineuse Nathalie Péchalat. Chez eux, ils ont aussi l’avantage d’avoir testé les installations bien avant les Jeux. Sur des profils de pistes ou des conditions de neiges particuliers, ils auront peut-être un léger avantage. En revanche, l’effet maison peut aussi se retourner contre des athlètes forcément exposés à un surplus de pression.

Ils sont dopés. VRAI et FAUX. Il n’y a pas si longtemps, Simon Fourcade recevait des menaces de morts sur son site Internet pour avoir dénoncé les pratiques douteuses des athlètes russes. Depuis 2009 et les contrôles positifs de trois biathlètes russes, un ménage semblait avoir été fait au sein de l’équipe nationale (encadrement compris). Sauf qu’à trois semaines des Jeux, rebelote. La fédération internationale a épinglé deux Russes, provoquant la colère de Martin Fourcade: «Honte à eux! Ne jamais stopper le combat contre le dopage!». Aux Jeux, le leader français «espère juste qu’ils ne seront pas surhumains». Sa compatriote Marie Dorin se montre plus fataliste face à une nation gangrenée jusqu’au bout des spatules depuis des années. «On sait que certains sont dopés mais on ne sait pas lesquels. Le sport propre n’existe pas à mon avis».

Ils sont austères. FAUX. Peu familiers avec l’anglais, les Russes ont aussi l’image de personnes aussi fermées et froides que leur territoire. Mais contrairement aux apparences, les Russes seraient moins austères qu’il n’y paraît au quotidien. «Toute l’équipe s’entend relativement bien avec les Russes. Tcherezov, Shipulin, Garranichev serrent les mains très facilement. Ce sont des gens avec qui on discute», décrit le biathlète Alexis Bœuf. A l’inverse des Norvégiens, parfois hautains. Si les Russes sont parfois distants, ils ne le doivent pas à leur tempérament, mais bien à la barrière de la langue. «Ça les limite dans leurs relations avec les autres. Ils ne partagent pas beaucoup.» Tant qu’ils laissent quelques places sur les podiums.

Ils ont des moyens démesurés. VRAI. Un chiffre à la louche, tout d’abord: 50 milliards d’euros. Les Russes n’ont pas regardé à la dépense pour organiser les Jeux les plus chers de l’histoire. Les athlètes locaux, eux, ont aussi été mis dans les meilleures conditions dans leur préparation. «En Russie, le biathlon est le troisième sport national après le foot et le hockey. Ils ont donc de très gros moyens. Si on a trois personnes dans le staff, ils en ont neuf. Sur un stage, ils ont trois fois plus de kinés que nous. Ils dorment aussi dans de beaux hôtels», avoue Martin Fourcade. Alors pour rivaliser avec ces nantis du cirque blanc, le leader du biathlon français avance une arme aussi modeste qu’efficace: «La French touch», cet alliage de talent et de culot qui permet aux Bleus de perpétuer le miracle permanent.