Arbitrage: Pour Frédéric Antonetti, «on a des qualités, mais elles ne doivent pas devenir des défauts»

FOOTBALL Alors que la Fifa a décidé de ne retenir aucun arbitre français pour la Coupe du monde au Brésil...

Antoine Maes

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L'entraîneur Frédéric Antonetti, le 27 avril 2013, lors d'un match de Rennes à Brest.
L'entraîneur Frédéric Antonetti, le 27 avril 2013, lors d'un match de Rennes à Brest. — FRED TANNEAU / AFP

Une première depuis 1974. Révélée mercredi matin, la liste des arbitres qui officieront lors de la Coupe du monde cet été ne contient aucun Français. Un camouflet pour l’arbitrage tricolore, qui a tout de même commencé sa remise en question l’été dernier avec l’arrivée de Pascal Garibian à la tête des officiels. Mais le changement prendra du temps, prévient Frédéric Antonetti, entraîneur et consultant pour Canal +.

Selon vous, ils sont si mauvais que ça les arbitres Français ? 

C’est difficile de porter un jugement. L’arbitrage français a besoin de se remettre en question. Mais comme chaque corporation du foot. Quand on est observateur comme moi aujourd’hui, une faute d’arbitrage c’est une péripétie. Mais quand on est entraîneur, c’est un drame. Les mains ! Je comprends que ce soit difficile à juger, mais quand le ballon va à la main et qu’on change le résultat d’un match… J’en ai profité, j’en ai été victime, mais il n’y a pas uniformité. Ça laisse trop de part à l’incertitude, et moi je n’aime pas ça. On me dit que ça s’équilibre sur une saison, mais je ne suis pas d’accord. La grande difficulté pour l’arbitre c’est qu’il n’y a pas de marge. Les matchs sont tellement serrés… Pour Paris, ils ont tellement de marge qu’ils peuvent se refaire, mais pour les autres, c’est plus compliqué.

Pour justifier son choix, la Fifa avance «la compréhension du foot, la lecture du jeu»… Les arbitres français en manquent ? 

C’est vrai qu’il vaut mieux comprendre le foot. Il ne faut pas être trop directif. Et ça c’est l’expérience qui vous le donne. Il y a peut-être trop de jeunes chez nous. Les arbitrages à la Vautrot, à la Quiniou, il y avait un esprit, ils connaissaient le foot, ils le sentaient. Le côté psychologique, ça passait beaucoup mieux. Je ne sais pas quels sont les remèdes. Rebondir, c’est tout ce que je souhaite aux arbitres français.

Beaucoup de choses ont changé depuis six mois. Sentez-vous déjà une différence ? 

Chaque arbitre à sa personnalité, donc je ne la vois mais pas toujours. Il faut des années. Entre l’arbitre-athlète, l’arbitre-psychologue, il y a tout un équilibre à trouver. L’esprit est très important. Mais pour avoir vu quelques matchs anglais, pour avoir vu l’attentat sur Nasri, je ne pense pas que l’arbitrage anglais soit supérieur au nôtre. On a des qualités, mais elles ne doivent pas devenir des défauts. Il ne faut pas siffler à tout bout de champ, il faut laisser le match vivre. La notion à retenir, c’est :  est-ce qu’il y a danger de but ou pas ?  Je fais toujours référence à quand on était gamin et qu’on jouait dans la rue. Il n’y avait pas d’arbitre, il y avait une main et on disait «Y’a penalty ! Y’a pas penalty ! ». Mais on avait une règle entre nous :  s’il n’y a pas danger de but, on ne siffle pas.

On dit qu’un bon arbitre c’est un arbitre qu’on ne voit pas…

Je ne dirais pas ça. Je pense qu’ils devraient être un peu plus souples par rapport au règlement. Il y a la règle, et il y a l’esprit. Les arbitres, il y a deux choses qui les interpellent :  fausser le résultat et l’intégrité physique des joueurs. Tout le monde est d’accord là-dessus, mais sur comment on siffle les mains, on fausse les résultats ! Après je pense qu’il y a beaucoup de jeunes qui arrivent, et qu’ils vont émerger. Mais la limite d’âge à 45 ans… Parfois, l’arbitre court un kilomètre de moins, mais il arbitre mieux. On devrait y réfléchir.