Les mécaniciens du Dakar, les petites mains de la course

Romain Baheux

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Des mécaniciens au travail sur une moto lors du Dakar 2013.
Des mécaniciens au travail sur une moto lors du Dakar 2013. — FRANCK FIFE / AFP

De notre envoyé spécial à Iquique (Chili)

Quand le bivouac s’assoupit, ils s’occupent d’assurer le bruit de fond. Peuple de la nuit sur le Dakar, les mécaniciens travaillent quand leur pilote commence à se reposer. Les plus chanceux, en charge des meilleurs motards de la course, sortent les outils en fin d’après-midi. Les autres attendent avant de se plonger dans les entrailles de leur machine. «Travailler en soirée ou la nuit dans le bruit et à la lumière artificielle, c’est un rituel pour nous, explique Nicolas Paty, mécano chez Toyota. A la fin, on ne prête même plus attention au bruit ambiant. On en a même besoin pour s’endormir, ça nous berce.»
 
«Le mécano fatigué, il a une mauvaise voiture ou un mauvais pilote»
 
Le programme quotidien est chargé. A peine leur pilote parti, les mécaniciens prennent la route jusqu’au prochain bivouac, passant parfois près de dix heures sur l’asphalte, avec l’ambition d’arriver rapidement pour se reposer un peu avant de commencer le travail. Pour tenir le coup, le mécano file dans son sac de couchage dès qu'il en a l’occasion. «On essaie de dormir dans la voiture, l’un conduit pendant que l’autre se repose, décrit Gaëtan Taligot, du Team Casteu. Si on a un peu de temps l’après-midi après avoir sorti les outils, on en profite aussi.» «En cumulant, on arrive à avoir des nuits correctes, assure Nicolas Paty. Un mécano fatigué, il a une mauvaise voiture ou un mauvais pilote de toute façon.»
 
Quand les gros aident les petits
 
Entre professionnels du boulon et de la clé à œil, on joue la carte de l’entraide. Equipés et plus nombreux, les staffs des grosses équipes du Dakar dépannent les équipes aux moyens plus limités en leur fournissant certaines pièces. «On les connaît depuis toujours, on ne dit pas non aux petits teams quand ils viennent nous demander quelque chose, indique Christian Cavaillon, mécanicien chez Yamaha. On est aussi là pour ça.» «Il y a de la rivalité entre les pilotes mais pas entre nous, poursuit Gaëtan Taligot. On mange souvent ensemble et on échange pas mal sur ce que l’on fait.»
 
Entre concurrents et mécanos, ça discute aussi pas mal. A l’arrivée, ces derniers sont parmi les premiers à accueillir leur pilote, parfois énervé de sa piètre prestation en spéciale. Dans ces moments-là, mieux vaut être un peu psychologue et avoir une certaine proximité avec l’intéressé. «Etre proche, c’est mieux pour travailler, explique Christian Cavaillon. On sait interpréter les mots qu’il utilise pour parler d’un problème mécanique. Et puis, on travaille mieux pour quelqu’un qu’on aime bien.» Et qui sera heureux de profiter d’une machine bichonnée pendant son sommeil.