Dopage, violence, racisme et corruption: les maux du foot pro

Stéphane Alliès

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Y aurait-il quelque chose de pourri au royaume du football ? Mauvaise passe due au hasard de l’actualité ou fin d’une impunité médiatique? Tour
d’horizon du malaise football, entre présomptions de dopage, regain de violences, racisme et scandale de corruption.

- Dopage : de Maradona au docteur Fuentes
- Violence : du Heysel au PSG
- Racisme : le laisser aller
- Corruption : d’OM-VA aux scandales du calcio



Tous ces problèmes sont connus par le public et la presse. Ce qui ne l’empêche de commenter et regarder les matchs à la télé et d’aller dans les stades. Tous complices ?

Dopage : de Maradona au docteur Fuentes

Auparavant, ceux qui étaient pris étaient des individus forcément isolés, volontiers stigmatisés. De Maradona (cocaïne) à Barthez (cannabis), le dopé solitaire faisait partie du lot habituel des tricheurs que comporte tous sports, du ping-pong à la pelote basque.

Puis vinrent les années OM, et les insinuations de plusieurs joueurs phocéens (Cascarino, Desailly, Eydelie) sur un système plus méthodique et avalisé par la direction du club. Ne résidant sur aucune preuve formelle, ces témoignages ont de toute façon été occultés par l’affaire OM-VA. Après quelques cas à nouveau «isolés», tels Arribagé, Guérin ou Sibierski (nandrolone) en France, la grande affaire qui a mis au jour la gangrène du dopage dans le foot fut le scandale de la Juve en 2002.

Révélant une systématisation de l’usage de produits médicaux interdits par des médecins du club turinois, l’affaire devait être «le Festina du football». Las, la justice transalpine n’aura prononcé que trois condamnations (deux joueurs obscurs et un docteur) à des peines avec sursis… Avant un non-lieu en appel. Quant aux stars entendues par les juges, Deschamps, Trézéguet ou Zidane entre autres, rien à reprocher…
Aujourd’hui, si les révélations du «Monde» sur une relation entre le sulfureux docteur Fuentes et le Real Madrid et Barcelone se confirment, ce sont deux grands clubs et les meilleurs joueurs du monde qui seraient au cœur d’un scandale.

Violence : du Heysel au PSG

Le phénomène n’est pas non plus nouveau, mais il n’est toujours pas endigué. Depuis 1985 et le drame du Heysel, le hooliganisme s’est étendu à l’Europe entière. Partie d’Angleterre et des Pays-Bas, la violence autour des stades et dans les tribunes s’est institutionnalisée, voire ritualisée. Jusqu’à entraîner la mort, il y a deux semaines au Parc des princes à Paris. Sous l’influence de l’extrême droite, des groupuscules ayant érigé la baston en finalité ont peu à peu infiltré les tribunes de supporters, se mêlant aux Ultras et dévoyant leur ferveur à encourager une équipe. Au point que la méthode anglaise de lutte contre cette violence tend à s’imposer chez les voisins européens.

Interdictions de stade à court terme, mais également forte augmentation du prix des places et encouragement à aller au match en famille. Pour un retour au «football à papa», sans kop ni fumigènes ou tifos. Gradins moins populaires mais plus d’argent pour la trésorerie des clubs, avec la bénédiction de l’UEFA… Jeudi, une semaine après les débordements provoqués par ses supporters à Nancy, l’instance européenne n’a demandé au Feyenord Rotterdam que 125.000 euros d’amende et deux matches à huis clos avec sursis. Maigre sentence au regard du passé des hooligans du club batave.

Racisme : le laisser aller

Avec la violence autour des stades, les comportements racistes dans les tribunes se multiplient. Des cris de singe dès qu’un joueur noir touche le ballon aux textes racistes (et homophobes) figurant sur des banderoles, la haine de l’étranger s’exporte sur toutes les pelouses. Comme ce mercredi à Hambourg, ou le Camerounais Timothée Ateba a demandé à sortir du terrain, exaspéré par les insultes proférées par ses propres supporters. Hors de lui, le joueur pète les plombs et s’en prend violement au public… avant d’être exclu par l’arbitre.

Là encore, le club montre où se situe ses intérêts, en suspendant son arrière latéral pendant deux matches et en lui infligeant une amende de 45.000 euros. Hormis les efforts de Thierry Henry, qui vient de créer mercredi une fondation pour lutter contre le racisme et les inégalités sociales, le monde du ballon rond ne va que rarement au-delà de discours généraux. Et les instances du football ne se résolvent pas à prendre de réelles mesures pour lutter contre le fléau (par exemple, infliger des points de pénalité ou une rétrogradation pour les clubs incapables de contrôler les débordements dans leurs enceintes). Voire découragent certaines initiatives.

Corruption : d’OM-VA aux scandales du calcio

La forme traditionnelle de compromission est «l’achat de joueurs», comme ce fut le cas lors de l’affaire OM-VA ou plus récemment un soupçon de tentative d’un joueur polonais en match international. Mais le phénomène de corruption prend une forme plus moderne, notamment avec la libéralisation des transferts entraînés par les arrêts Bosman et Malaja.

L’émergence du rôle de l’agent de joueurs et les failles juridiques laissées par la législation européenne ont multiplié les pratiques de «surcommissions». L’exemple le plus récent de cette nouvelle corruption est l’affaire des transferts douteux du PSG, pour laquelle le club vient d’être mis en examen jeudi. Dans cette enquête, les juges soupçonnent l'existence d'un vaste système de fraude organisée au club entre 1998 et 2003 ayant permis à certains agents d'avoir perçu des commissions lors du transfert de leur joueur au PSG et de les leur avoir ensuite reversées comme compléments de salaires non déclarés. Le même type de pratique a été sanctionné en première instance dans l’affaire des comptes de l’OM le 9 juin dernier (les prévenus ont fait appel).

Autre forme de «corruption», les scandales de paris truqués. S'ils ne sont pas une nouveauté des années 2000 (remember le scandale du Totonero en Italie à la charnière des années 70-80, qui avait impliqué le grand Paolo Rossi), ils se sont multipliés avec l’arrivée de paris en ligne sur l’Internet. En Allemagne, où 23 matches ont été «manipulés» par un arbitre en 2005 ; en Belgique en février 2006, où la mafia chinoise achetait des joueurs pour influencer les résultats ; et surtout en Italie, où quatre clubs ont truqué des matches à travers la désignation d'arbitres, entraînant la relégation de la Juventus.