Jean-Luc Ettori: «Je ne vois pas qui pourra battre» Mickaël Landreau»

FOOTBALL L’ancien Monégasque perdra son record du nombre de matchs en L1 (602) la semaine prochaine au profit Mickaël Landreau…

Romain Scotto

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L'ancien gardien de l'AS Monaco, Jean-Luc Ettori, le 14 juin 2000 au stade Louis II de Monaco.
L'ancien gardien de l'AS Monaco, Jean-Luc Ettori, le 14 juin 2000 au stade Louis II de Monaco. — AFP

Dimanche face à Evian, Mickaël Landreau égalera le record du nombre de matchs disputés par Jean-Luc Ettori (602). Le gardien de Bastia effacera donc son aîné des livres d’histoires quelques jours plus tard lors du derby contre Ajaccio. Un match où l’ancien Monégasque devrait être présent pour échauffer nouveau recordman de 34 ans.

Jean-Luc, ressentez-vous un petit pincement à l’idée de perdre votre record dans les semaines à venir?

Non, je ne comprends pas qu’on me demande ça. Pffff… Je savais qu’un jour mon record serait battu. De le battre n’a pas changé ma vie. Qu’il soit battu ne la changera pas non plus. Voilà. Au contraire, je suis content parce que j’avais l’impression que c’était anecdotique à mon époque. C’est le souvenir que j’en ai. Là, toutes les qualités qu’on prête à Micka, je les prends un peu pour moi. Je suis content!

Pour quelle raison n’est ce pas anecdotique? Est-ce plus difficile aujourd’hui?

Je pense, oui. Ça devient un peu plus compliqué quant aux enjeux. A l’époque, ce n’était déjà pas simple de durer, de faire l’unanimité auprès des présidents et entraîneurs successifs. Ce n’est pas évident d’être à 80% pendant plus de 15 ans. Et aujourd’hui je crois que c’est encore plus compliqué.

Ce record est plus à la portée d’un gardien qu’un joueur de champ. Un poste moins exposé aux turn-over et aux blessures...

Si vous parlez de blessures à Micka, il va vous dire qu’il a donné. Moi aussi j’ai donné. Après, c’est un tout. Vous êtes compétitifs, décisif, les gens vous laissent en place, la confiance est importante. On ne peut pas remettre tout en cause à la première erreur. C’est pour ça qu’il y a moins de turn-over chez les gardiens. Moi j’ai connu une blessure qui m’a privé de terrain pendant sept mois en 1984. Le genou, comme Micka.

Pensez-vous que ce record sera battu?

Non, je ne pense pas. il sera à un tel niveau. Je ne vois pas qui pourra le battre. Il va le porter à 620, 630.

Y a-t-il des similitudes entre vos deux carrières?

Je pense qu’on a des carrières reconnues au niveau national, du club, avec une espèce de goût d’inachevé en sélection. Les titres, on les a. C’est une carrière un peu similaire. Moi je n’ai joué que dans un seul club parce qu’en dix-sept saisons, je n’ai été que deux fois au-delà de la cinquième place. Les belles années de l’AS Monaco, au soleil. Je n’avais pas de raison de partir. En plus, il n’y avait pas l’arrêt Bosman. C’était compliqué d’aller à l’étranger. On avait droit qu’à deux étrangers. Avant il n’y avait que Michel Platini qui jouait à l’étranger. Maintenant, ça bouge, ça part. Les joueurs capables de battre ce record partiraient. J’ai eu des opportunités, mais les clubs ne faisaient pas forcément la démarche de vouloir me sortir de ce club là, en tant que capitaine de l’équipe.

Vous avez aussi en commun d’être des joueurs de vestiaire…

Il faut surtout être bon sur le terrain. Quand tu es capitaine, tu as un rôle à tenir. Sinon, ton brassard, mon pauvre, tu l’enfermes dans ton placard. Le gardien de but ne vit dans un groupe que par sa production du weekend. Je pense que moi j’étais un liant pour le club. Micka l’est aussi. A Nantes, Lille. Après, on prend parfois tant d’importance qu’on peut faire peur aux gens. Ça ne veut pas dire qu’on ne dit pas les choses quand il le faut. Mais le sportif est primordial.

Il vous reste un record, celui du plus grand nombre de matchs joué avec le même club…

Avoir duré, c’est une fierté. Faire l’unanimité dans un club qui joue les premiers rôles. A Monaco personne ne me l’enlèvera ad vitam eternam.