Les fans de Football Manager racontent leur addiction «au jeu qui rend un peu dingue»

Antoine Maes

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Un joueur devant un jeu vidéo en juin 2012 à Los Angeles.
Un joueur devant un jeu vidéo en juin 2012 à Los Angeles. — ROBYN BECK / AFP

Sensation de manque? Vie sociale qui part en lambeaux? Couple en péril? Si vous êtes atteints de ces symptômes, vous êtes peut être addict à… Football Manager. La version 2014 de ce jeu de gestion d’un club de foot sera disponible jeudi. Et comme tous les ans, les fans de «FM» sont sur les dents: rares sont les jeux vidéo à pouvoir déclencher un sentiment aussi puissant de dépendance. 

A écouter les accros, le mot n’est pas trop fort. «Parfois, tu commences à jouer en te disant que ça va durer une petite heure. Et puis tu regardes ta montre et il est déjà 5h du matin», raconte Samir. Ce trentenaire nordiste est un fan de la première heure. «J’ai découvert le jeu lors d’un voyage chez un correspondant en Angleterre. A l’époque il n’était pas disponible en France. Depuis 1997, j’achète toutes les versions. Au lycée, je faisais mes compositions d’équipes en cours, comme un tox.» Et quand il s’est fracturé la cheville, il avoue avoir «passé 15h par jour à y jouer pendant ma convalescence, c’était devenu mon activité principale».

Aimer Football Manager n’est pas sans conséquence sur la vie de ceux qui s’y perdent. A l’exemple de Cédric, autre «drogué» à Football Manager, qui a décroché depuis quelques années après avoir frôlé la catastrophe. «Je jouais entre 6 ou 7h par jour, et une bonne partie de la nuit. Au boulot, c’était devenu problématique, mais j’avais réussi à pervertir mon chef pour être tranquille. Quant aux filles… Un jour j’ai prétexté une prise de sang à 9h à ma copine de l’époque, que je devais être à jeun et donc qu’on ne pouvait pas se voir, juste pour jouer toute la nuit tranquillement. C’est un jeu qui rend un peu dingue.» 

«Il ne faut pas que ma femme m’annonce qu’elle est enceinte si je suis en demi-finale de Ligue Europa, j’en aurai rien à faire» 

Les raisons du succès sont assez simples: «c’est un jeu sans fin», explique Cédric. «Tu as vraiment l’impression de gérer un club», ajoute Samir. Il n’y a pas encore d’enquête sur le sujet, mais la légende raconte que «FM» serait une cause de divorce non-négligeable. Parce qu’à l’inverse de jeux comme «World of Warcraft», il y a très peu de filles qui se passionnent pour Football Manager. Et que c’est une passion particulièrement compliquée à partager quand on est en couple. 

Mathieu, marié depuis six mois, est un fan absolu de Football Manager: «Il ne faut pas que ma femme m’annonce qu’elle est enceinte si je suis en demi-finale de Ligue Europa, j’en aurai rien à faire», rigole-t-il. Sa femme Oriane n’en fait pas un drame: «Ca fait 9 ans que je vis avec ça, mais ça n’a jamais été un vrai sujet d’engueulade. Il s’est toujours arrangé pour jouer la nuit quand il en a vraiment envie de jouer.» Mais il y a quand même quelques désagréments, comme «quand on ne peut rien lui demander parce qu’il dit qu’il est sur un gros transfert, ou que je dors et qu’il débarque dans la chambre en criant qu’il vient de faire signer le contrat du siècle.» Mais parfois, c’est surtout le contrat de mariage qui risque de sauter.